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‘ tence pour acheter le droit de vivre heureuse ‘ et honorée auprès de toi.
‘€ Tout s’effondre, tout se dissipe, tout devient ‘ nuageux. Dans tout cela ma raison chancelle, ‘et sous mes cheveux qui grisonnent, les yeux ‘ et le cœur se gonflent de chagrin.
‘ Sois bon, sois fort, mon Paul; souris-moi ‘jusque dans la souffrance, puisque nous souf- ‘ frons tous les deux, et que c’est l’amour qui ‘ nous unit dans la douleur.
‘ Je vais mourir, je le sens, mais je meurs tuée ‘ par l’amour véritable, éternel, qui survit à la ‘ matière, et. je t’aimerai encore, toujours, dans ‘6 cette autre vie d’où je surveillerai mieux ton ‘ corps amaigri et languissant dans ta demeure ‘4 sévère.
‘ Je n’en puis plus, j’étouffe ; à demain, mon ‘ bien-aimé. Pour aujourd’hui, je t'envoie ce ‘ qu’il y a de meilleur et de plus chaste dans ‘4 mon cœur. Mets cela dans un repli secret de ‘ ta mémoire, n’y touche jamais qu’avec le pieux ‘ respect que l’on professe pour les reliques des ‘ bien-aimés .................. nu tne no den el ts
27 juillet 188 Mon Paul,
‘ Toutes mes pensées et mes premières lignes ‘ pour toi. Je ne suis pas bien vaillante, mais
‘ j'ai pu dormir quelques heures cette nuit et ce ‘ matin ; il y a une accalmie dans la toux:
‘€ J'ai beaucoup pensé à toi dans mes moments ‘€ lucides, car il en est où mon esprit semble mort ‘ou absent. Je ne sors guère de ma grise tor- ‘€ peur que quand ton souvenir débrouille ma mé:- ‘© moire devenue infidèle, mon esprit alourdi,
‘ Vingt-deux ans! c’est bien l’âge où l’on de- ‘ vient phthisique !! Pardon de te tout dire, ‘ mon bien-aimé, mais tu l’as voulu, je te le dois. ‘4 Je t’aime toujours, même sur le chemin sombre ‘qui conduit au trépas. Je t’aime d’une pro- ‘ fonde tendresse, et si je dois mourir, ce sera en ‘€ t’aimant sans remords, jusque dans mon dernier ‘ soupir.
‘ Tout ‘est plein de vie autour de moi, et j’ad-
‘ mire chez les autres cette santé que je n’ai plus, ‘ qui est si nécessaire à l’amour qui me ruine, Feuille d'automne desséchée, jaunie par la tour- ‘{ mente, j'aime aussi la jeune sœur verte qui ‘€ s’agite à mon côté, toute fière, toute heureuse ‘ d’en être encore aux beaux jours de son prin- FE TOR rarement cer torts PT EE TS
29 juillet ‘ Paul, à quoi pensais-tu donc, que me pro- ‘€ poses-tu ?
‘ Aimer un autre que toi, épouser un homme ‘‘ qui me rappellerait sans cesse ton souvenir, “ prendre M. Rodolphe pour époux 4...
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‘© Non jamais, cher et trop malheureux ami, Je te
reste dans le malheur, ce que je t’ai donné ne se reprend pas. Je n’ai rien à partager, mon cœur t’est tout resté, Rodolphe m’a déclaré qu’il m’aimait, mais il sait maintenant que l’amitié est tout ce dont je puis disposer. Mailgré ses protestations d’amour, je suis demeurée, je veux demeurer insensible.
‘€ Non, mon Paul, tout me protège : l’amour que je ne saurais répudier et profaner, l’orgueil que me donne le sentiment intime dû au devoir, l’honneur sacré qui me commande de ne pas lâcher celui à qui j’ai donné sans reprise mon cœur entier. Oui je te demeure, mais, hélas ! Ô fatalité, tout s’est déchaîné contre nous, a brisé nos existence. Le bonheur vrai, l’amour consacré par les lois et la société, cet amour, le Seul qui satisfasse vraiment le cœur honnête, n’est pas fait pour nous ; notre amour profond, absolu, fidèle, ne sera jamais béni par les lois de l’église, ni sanctionné par celles de l'Etat, maintenant que, martyr, tu vis à peire dans une prison infâme, et que moi, dépérissante dans la liberté, je sens déjà que je ne vis plus...
je meurs lentement avec ces souffrances continuelles...…….
‘6 À demain, mon adoré, j'ai mal partout. Ma poitrine ronfle et j’ai la tête en feu.
‘ Je ne crois pas à cet adage : loin des yeux,
‘ loin du cœur, car je pense sans cesse à toi et ‘ t’aime toujours. Mes lèvres vont vers toi re- ‘6 joindre mon cœur.??
Le médecin venait voir Violette tous les jours. Au lieu d’une amélioration, il constatait chaque fois l’inefficacité des secours de la science contre le mal qui faisait des ravages. Il avait prévenu la famille d’un dénouement fatal et prochain ; il désespérait de sauver la pauvre enfant.
Madame Monteil dissimulait son chagrin en présence de sa fllle, et sous prétexte dé prier Dieu, elle s’enfermait dans sa chambre et là, agenouillée aux pieds d’un crucifix, elle s’abimait dans la douleur en murmurant une prière au grand consolateur..........….
Le cœur d’une mère est grand, sublime, martyr du dévouement et d’un amour dont la source n’est pas de la terre? Pleurez votre enfant qui meurt, Ô mères ineffables ; vous l’aimiez au plus fort de la douleur, alors que vous lui donnâtes la vie, il vous est bien permis de crier dans votre désespoir, alors qu’il échappe à votre affection, qu’il s’endort dans la mort !
Edouard entourait Violette de soins et de caresses fraternelles. Il ne contredisait plus ses goûts, il lui causait de Paul, et remarquait que ce genre de conversation lui plaisait, semblait lui faire du bien.
Rodolphe distançait ses visites, et chaque fois s’en retournait navré, en pleurant. Violette m’aurait aimé, se disait-il, elle m’aimait déjà..…...oui,
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elle m’aime......et voilà que la maladie me la dispute, que la mort me l’arrachera, à désespoir !
Le saint religieux de Charlesbourg apportait de temps en temps les consolations du ciel dans la famille malheureuse, Ne pouvant résister à l’angoisse qui l’étouffait devant la scène navrante de cette pauvre enfant souffrante qui reposait sa tête sur le sein de sa mère, il levait ses mains, les bénissait et s’en allait.
Violette ne parlait pas, elle semblait préoccupée comme si quelque chose l’obsédait. Elle pensait à Paul, elle se délectait de son souvenir...
—Ma bonne mère, dit-elle un jour, laissez-moi seule, je veux dormir.
Madame Monteil était sortie, avait tiré la porte derrière elle.
Violette, malgré sa grande faiblesse, voulait continuer d’écrire la lettre déjà commencée.
5 août.
Paul, mon fiancé,
‘Je te reviens après quelques jours... c’est ‘que, mon ami, j’ai bien souffert ces jours der- ‘f niers...….. Je me sens plus forte aujourd’hui.
‘Ne pouvant pas t’écrire, j'ai cherché un déri- ‘ vatif dans la lecture de cet ouvrage de Coppée, ‘ que tu m’as donné un jour et que je conserve ‘“ comme une relique. J’ai eu à peine la force, ‘6 malgré ma volonté, à relire cet auteur qui s’est ‘ plu à parler de notre pays, des scènes guerrières ‘ qui ont eu lieu entre Français et Anglais, sur
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le sol béni de notre Canada, J'ai peu lu, mais avec délices ; il me semblait que cela me rapprochait de toi, et j'ai bien besoin de cela pour m’arracher à la prostration dont mon esprit est frappé. Pauvre Paul aimé! tu as perdu Ja li:
berté, moi je perds la vie! Ton éloignement, ton malheur ont été une épreuve très grande qui ont miné mes jours. J'ai plus que le senti”
* ment d’une déchéance physique, j'ai celui d’une
fin prochaine que je redoute pour ton grand cœur, Moi qui ai souhaité, avec une volonté qui n’avait d’égale que la présente impossibilité de l’accomplissement de mon désir, de voir ma
vie se recommencer, on cœur renaître, ma ten-
dresse se concentrer toute sur toi; j'ai cru un moment que tu recouvrerais la liberté et ainsi, oubliant tous les obstacles entre moi et ta prison, j'ai fait de nouveau ce rêve de devenir la véritable épouse d'un honnête homme comme toi. Oui, étant certaine de l'injustice de ton châtiment, j'ai cru qu’on te rendrait à la liberté; et tout cela, je l'ai rêvé, désiré, souhaité jusqu’à en perdre l’esprit, Pourtant, nul plus que moi sait maintenant que c’est un roman impossible, une chimère, car fusses-tu libre et exonéré, j'ai perdu ma santé et ne suis plus qu’une ruine. La maladie est venue tout arranger ; il faut songer à mourir et 'non'à se marier.
‘J'aime autant cela, Paul, car je t'aime et ne saurais te déplaire. Supposant que j’eusse la
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