‹ L'épreuve [microforme]Chapitre 29 sur 36 · XX VII · texte numérisé non relu

XX VII

Rodolphe apprit avec une profonde douleur la mort de Violette. Faisant pitié à voir, il avait conduit à sa dernière demeure celle qu’il avait tant aimée. Vouant à sa tombe un culte idolâtre, il venait tous les jours y déposer des fleurs et semblait entretenir par ces visites répétées la cuisante épreuve dont il souffrait.

On aime la souffrance, quand c’est l’amour qui la cause, et, sans aucun espoir de délivrance, nous en supportons l’immensité jusqu’à dans la mort qui nous arrache notre bien !

O sentiment sublime de l’amour, noble élan de l’âme, pieuse manifestation de la nature aimante, tu trouves ton châtiment dans ta grandeur même et devenant ta victime, l’être éprouvé gémit lamentablement sur l’objet aimé, disparu, en osant accuser le Dieu qui passe et qui cueille !!

Rodolphe venait souvent visiter la mère inconsolable, Il allait s’asseoir sur la terrasse au même endroit, à la même place où Violette ai-

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mait à se reposer, ef, perdu dans une rêverie du passé, il pleurait amèrement..…….

Un jour Edouard vint l’y rejoindre. Tous Îles deux, sombres, pensifs, ils avaient observé en soupirant aux pieds des arbres et sur le gazon, les traces qu’y avaient laissées les pas de la chère MOPLO.. secs corse

—Pauvre sœur, dit Edouard, elle à bien souffert et l’écho de ce petit bois a souvent répété ses soûpirs, ses’ sanglots.….….

—Oui, accentua Rodolphe, quelle noble créature elle était. J'aurais agi différemment, Si j'eusse connu mieux et plutôt sa belle âme...

— Que veux-tu dire, Rodolphe ?

—Je veux dire que respectant son amour infini pour Paul, et l’aimant moi-même au point que j'eusse tout sacrifié pour la voir devenir heureuse, j'aurais tout fait pour déjouer le drame sinistre qui à brisé sa vie. Je lui aurais livré, mais en pleurant d'angoisse et de regret, Son fiancé qu’elle adorait............

— Que signifient ces paroles ?.........

—Que j'aurais pu peut-être justifier les récriminations de Paul,ses protestations d’innocence, en déposant. en sa faveur devant un tribunal qui juge sur ce qu’on dit, Sans s'inquiéter des restrictions mentales que nous pouvons faire. Il me semble que.j’eus pu briser toutes les entraves, sauver sûrement Paul du pénitencier et ainsi... ; ainsi Edouard, nous ne pleurerions pas la perte de notre chère Violette...

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—Comment, Rodolphe, tu pouvais sauver Paul et tu ne l’as pas fait ? Doutes-tu maintenant de sa culpabilité, puisque tu sembles connaître le moyen qui 1’eût sauvé, ou n’écoutant que ton amour pour Violette et ta sympathie pour celui qu'elle avait pour Paul, dis-tu que tu l'aurais fait gracier habilement, pour le livrer coupable à l’affection ingénue de ma pauvre sœur ?.........

—Edouard, mon ami, cessons de parler de ce sujet peu pratique, maintenant que la fatalité a frappé les deux amants que nous regrettons.

Cherchons dans le travail les distractions nécessaires à nos âmes éprouvées, vouons à l’ange disparu le culte sincère et éternel du souvenir. Quant à moi, je pourrais difficilement demeurer ici plus longtemps, je languirais dans le chagrin, peut-être dans le remords... nan

— Quel remords, dit Edouard ?

— Assez, assez, je te prie, je souffre, tes questions m’importunent. Pour soulager ma vie désormais agitée par la douleur et les regrets, j'irai sous un autre ciel, respirer dans l’ivresse et le désespoir l’air rassurant de la liberté...…......…

Edouard le regarda surpris, croyant qu’il devenait fou...

—Tu t’étonnes, Edouard, de ce langage oiseux et énigmatique, mais plus tard, si tu es épris d’un amour insensé, tu comprendras alors tout ce que peut engendrer de noirs desseins un esprit droit mais ivre et inconscient.

—Ciel! Rodolphe, tu déraisonnes, et dans ton

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délire tu sembles insinuer des choses qui t’accusent. Reprends ton esprit, que la mort de Violette ne t’affecte pas au point de troubler ton équilibre. Ne t’accuse pas sottement d’être inhumain, parce que pour lui être agréable tu n’as pu sauver d’un châtiment mérité, l’homme vil qui serait devenu son époux légitime...........….

— Pardon, Edouard, de mon égarement. Oublie mes propos délirants, j'ai 1» tête en feu et sens un poids énorme qui broie mon cœur. N'oublie jamais que j’ai beaucoup aimé Violette, que j'aurais tout sacrifié, tout entrepris pour lui plaire et me faire aimer d’elle. Le sort en a décidé autrement et la mort l’a emporté sur moi. Que son âme sainte jouisse du bonheur éternel dans le royaume de Dieu! Moi, je pars demain, je vais loin d’ici, pour oublier toutes les traces d’un passé qui semblait me sourire et qui ne laisse plus dans mon cœur que des amertumes et des larmes. Je n’oublierai pas Violette, le souvenir de ses grâces, de sa grande nature exerce sans cesse la mémoire du cœur, mais je veux vivre loin du lieu qui me la fit voir si souvent, gaie d’abord, ensuite triste, solitaire, malade, mourante et enfin morte, ensevelie six pieds sous terre.........…...

— Rodolphe, ta douleur est grande il est vrai, mais celle de ma mère et la mienne ne le sont pas moins, cependant nous ne voudrions pas nous séparer de l'endroit funèbre où Violette dort son dernier sommeil. Si tn ne partais pas, nous trouverions une consolation dans les élans spontanés

et sincères que suggère notre cœur et nous deviendrions plus courageux en accomplissant un devoir dicté par l’affliction et l’amour. Nous irions quelquefois en pélérinage au cimetière, nous agenouiller à son tombeau, arroser de nos larmes le gazon qui recouvre son auguste dépouille...…..

—Edouard, mon ami, tu es bon comme ta sœur était bonne. J’admire en les approuvant tes nobles sentiments. L’ardent désir et l’insistance que tu mets à me garder près de vous ont raison de ma résolution ; je demeurerai pour vous voir et causer de celle qui n’est plus : nous pleurerons souvent !

—Merci, Rodolphe, pour ma mère qui t'aime, pour moi qui t’estime, car tu nous as habitués à t’affectionner comme l’un des nôtres, et ton départ aurait agrandi le vide qui s’est fait au sein de notre famille...

—Mon cher Edouard, puisque le sort décide que je demeure ici, promets moi que tu ne parleras jamais de la conversation que nous venons d’avoir, ni à ta mère, ni au curé, ni à qui que ce soit, car j'ai. peut-être outrepassé, dans mon délire, la limite que me commandaient la réserve, la discrétion, et mes paroles mal interprétées pourraient faire naître des soupçons injustes qui m’incrimineraient, me condamneraient.

—Rodolphe, je comprends l’état d’âme qui te dominait, la hardiesse de langage que te suggéraient tes bons sentiments à l’égard de ma sœur,

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je saurai être digne. Hâte-toi de venir nous voir ; tu sais combien ma mère t’estime.

— Merci, dit Rodolphe en lui pressant affectueusement la main, au revoir, mon ami, il faut que je rentre chez moi. Dis à ta mère affligée que ma pensée est avec elle... Au revoir.

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