PRÉFACE IX
et morales héroïnes, susceptibles de satisfaire tout-à-fait l'esprit et le cœur, sans éveiller des passions malsaines. L'écrivain peut encore lui faire descendre assez loin la pente qui conduit au mal, pour mieux en faire connaître la laideur et sans tomber dans la fange, mais pour remonter ensuite au sommet et faire admirer ce que ia nature peut reconquérir de bien, quand elle n’est plus éprouvée ou que des circonstances la fait se ressaisir — Balzac l’a compris, et son génie l'a immortulisé : ses œuvres sont encore lues et demeureront — Dumas, père, n pénétré on ne peut plus avant dans l'âme de la femme, et nous a laissé Fernande qui a glissé uoblement sur un gazon trompeur, mais qui finit sa vie saintement, dans le recueillement de son âme qui avait toujours été bonne.
Pour quiconque pense, réfléchit et observe, il est impossible de ne pas saisir le côté moral, quoiqu'il paraisse dangereux au premier abord, des œuvres de Dumas fils. Quelle vérité, quelle psychologie, quel dénouement toujours conséquent de scènes grandioses — qui sentent quelquefois l’alcôve — mais qui finissent par faire éclater à nos yeux,
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l’âme telle qu’elle est, le cœur tel qu’on l'a fait. On retire de ses œuvres un peu de mal, énormément de bien !
Aüïusi en est-il des “ Misérables ” de Hugo, ce chef-d'œuvre essentiellement moral qu’il vaudrait mieux lire pour ensuite en conseiller la lecture, que de le brûler, comme une chose obscène, sans en connaître le contenu.
Et d’autres encore, cloués au pilori de l’interdiction, donnant cependant l’exemple salutaire du méchant qui se repent, du mal hideux qui se change en bien, de la passion mauvaise se terminant dans la pénitence, exemple qui rend inévitablement meilleures les âmes des lecteurs cherchant de quoi flatter leurs sens au cours de l'intrigue, mais qui restent ébahis au dénouement, dont la moralité les frappe et les plonge dans la réflexion.
Ce genre de roman est moral ; car si l’objet de la vertu est le bien, pour y arriver, 1l faut avoir à lutter contre le mal qui nous ronge.
Le but de l'écrivain, à la fin de son travail, étant de ramener l’âme à sa destinée propre — la sérénité et le bonheur qu’elle convoite — il procède, il arrive en suivant la seule voie qui y mène, en faisant précéder
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