‹ L'équipage du diableChapitre 11 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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trompé. Je ne pouvais pas lui apprendre qu'on m'avait accusé de vol, puisque je ne le savais pas.

— C'était à lui de se renseigner. Mais, pour en revenir à Frédoc, je tiens à vous édifier complètepaent sur son compte. Nous irons le voir ensemble et quand vous auras; causé avec lui, vous rirez comme moi des idées de M. Souscarrière.

Vous êtes d'ailleurs destiné à le rencontrer plus d'une fois, puisque vous voulez bien m'assister dans iipon duel avec ce Busserolles, car je compte qu'il sera mon second témoin.

Je ne l'ai pas vu depuis quelques jours parce qu'il a été souffrant au point de garder la chambre^ mais je lui ai écrit pour*iui demander ce service, et j'espère qu'il De me refusera pas,

Et quand nous le verrons, nous le consuUerons. Je ne connais personne qui soit mieux que lui en état de donner un bon conseil dans les grandes crises de la vie.

— Ses conseils ne me rendront pas le bonheur que j'ai perdu, dit tristement d'Ëstelan.

— Pas plus qu'ils ne me consoleront ; mais ne pensezvous pas qu'il est des cas où on sent le besoin d'interroger un ami sûr? Il semble qu'on apaise ses douleurs en les lui confiant.

Tenez ! depuis que je vous ai retrouvé, je me sens plus fort cqntre l'infortune; je souffre moins, et je suis résolu à ne plus me laisser abattre, Si vous me (Quittiez, je perdrais peut-être courage. Aussi, je compte que vous allez habiter le pavillon oh vous avez déjà passé une nuit... dans des circonstances plus pénibles encore que celles où yous êtes. Vous étiez accusé alors; obligé de fuir comme un criminel, vous aviez tout à crainc^re de la justice des hommes.

*— C'est vrai, et si vous n'étiez venu à mon secours, je

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ôrois qu'elle m'aurait condamné ; oui, tnà situàtioti était affreuse, mais du#ioins je me croyais aimé.

— Venez, mon ami, dit brusquement AubijoUx, pour couper court à un entretien qui ne faisait que raviver leurs douleurs, venezj je vais vous conduire moi-même au pavillon et donner des ordres à mon valet de chambre. Il vous servira et vous serez absolument chez vous.

D'Estelan n'éleva aucune objection. Il n'aVait assurément rien de mieux à faire que de rester Thôte de M. Aubijoux, jusqu'au jour oîi les terribles questions qui se présentaient à lui seraient tranchées.

Us s'en allèrent côte à côte à travers le parc magnifique où s'étaient données de si splendides fêtes.

Et le maître de ce domaine princier marchait la tête basse, accablé sous le poids des souvenirs que lui rappelaient ces chemins ombreux^ ces arbres séculaires, car il se vantait assurément lorsqu'il prétendait être guéri de son amour mal placé.

Il cherchait sur le sable des allées la trace des pas de l'infidèle, et la brise qui agitait les feuilles lui apportait l'écho des douces paroles que la perfide lui disait autrefois près des charmilles.

Louis d'Estelan n'essayait point de l'arracher à ses sombres rêveries. Il pensait à Madeleine et il comparait son propre malheur au malheur de son ami Aubijoux.

Leurs cas ne se ressemblaient guère, quoi qu'en dît le mari de la coupable Léonie.

La noble fille du comte de Maugars n'avait rien de commun avec cette cocodette qui courait les aventures. Madeleine aimait Guy de Bautru ; elle ne s'était pas jetée à sa tête, comme madame Aubijoux s'était jetée à la tête de Busserolles. Madeleine n'avait trompé personne. Madeleine était victime de fatalités étranges et peut-être de machinations exécrables.

Et, peu à peu, d'Estelan se laissait aller à croire cjue

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M. Souscarriëre n'avait pas tort, en l'excitant à se venger d'abord de Tauteur de ces machinatiqj^s.

N'était-il pas juste de s'en prendre à ce misérable, avant de s'attaquer à M. de Bautru? Et fallait-il en venir après aux résolutions radicales que lui recommandait Âubijoux? Partir sans espoir de retour, abandonner sa femme à sa destinée, sans la revoir, sans essayer de la ramener à de meilleurs sentiments ?

C'était bon pour Aubijoux de laisser là une créature sans cœur et sans âme, qui ne valait pas qu'un honnête homme cherchât à la reconquérir. A lui de se consoler, en remuant des millions, d'avoir été trahi; à lui de punir, la traîtresse en la condamnant à la pauvreté et à l'isolement.

Louis d'Estelan avait mieux à faire : chercher le dénonciateur, l'ennemi caché, le châtier, l'exterminer; et après en avoir fait justice, se présenter hardiment chez mademoiselle de Maugars et tenter auprès d'elle un dernier effort. '

Il en était là de ses réflexions, lorsque le financier, qui s'appuyait sur son bras, se dégagea vivement pour courir à la rencontre d'un monsieur que le mari de Madeleine n'aurait pas reconnu si Aubijoux ne s'était pas écrié :

— Frédoc I c'est Frédoc qui vient me voir. Il ne pouvait pas arriver plus à propos.

D'Estelan, surpris, resta en arrière, et assista d'un peu loin aux premières effusions de cette rencontre entre les deux amis. Il crut remarquer cependant que M. Frédoc ne paraissait pas très charmé de l'apercevoir ; il lui sembla même que ce célibataire discret faisait mine de battre en retraite.

Mais Aubijoux n'entendait pas de cette oreille-là. 11 tenait son Frédoc et il ne voulait pas le lâcher.

— Venez, mon ami, dit-il en s'accrochant à lui, venez que je vous remette en relations avec ce cher d'Estelan,

qui nous est rôndu après de terribles épreuves. Nous parlions précisément de vous, et nous projetions d'aller vous consulter.

' C'est la Providence qui vous envoie.

D'Ëstelan et Frédoc échangèrent un salut assez froid.

Leur attitude surprit beaucoup le brave Aubijous qui ne gardait pas beaucoup de mesure dans ses démonstrations d'amitié.

Elle était pourtant assez naturelle.

Frédoc n'était vraiment pas obligé de faire fête à un homme sorti le matin même d'une prison où il avait été enfermé sous prévention de vol.

On peut croire à l'innocence d'un accusé qui vient d'être relâché faute de preuves, et ne pas se soucier de se jeter dans ses bras. Ce faute de preuves — la formule habituelle des ordonnances de non-lieu, — explique et justifie la réserve avec laquelle l'accueillent les honnêtes gens.

Et d'Ëstelan était aussi dans son rôle en s'abstenant de faire des avances. Il avait trop le sentiment de sa dignité pour s'exposer à une rebuffade. Un innocent calomnié, quand il a du cœur, ne se jette à la tête de personne. Il attend qu'on vienne à lui.

Aubijoux comprit tout cela assez vite, et glissa sur le côté délicat de la situation. Sans entrer dans des explications inutiles, et sans plaider pour son protégé, qui n'avait plus besoin d'être défendu, puisque sa cause était gagnée devant la justice, Aubijoux parla de d'Ëstelan comme d'un ami sûr, pour lequel il n'avait pas de secrets, et qui méritait que M. Frédoc l'aidât de ses conseils.

Il les amena tous les deux sous la vérandah d'une serre où on pouvait s'asseoir pour jouir de la fraîcheur d'une belle soirée, et il entama la causerie en s'informant de la santé du visiteur qui lui dédiait probablement sa première sortie.

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— J'ai été très soufltaht, répoîidit î^rêdoc, et j'ai Vivement regretté d^être cloué thet rboi pat* tine atroce névralgie, car je savais que vous aviez besoin de moi. Mais je suis complètement remis, et me voici tout prêt à vous servir.

— Merci, dit Aubijoux, je sais combien vous m'êtes dévoué, mais Je n'abuserai pas de votre amitié. S'il vous était désagréable de vous aboucher avec des témoins comme ceux que ce Busserolles a choisis, d'Ëstelàh, sur ma prière, Voudrait bien vous remplacer. Il S'adjoindrait mon vieùjt Camarade Le Pailleiir pour me représenter.

— Vous ne pourriez pas mieux choisir. Busserolles vous a sans doute envoyé de jeunes gommeux comme lui?

• — Je n'en ai encore vu qu'un, M. Girac.

— Je le connais; il est de mon cercle. Busserolles aussi. Et cette espèce de camaraderie me gênerait un peu. Vous ferez très bien de remettre votre affaire aux mains de M. d'Estelan. Mais dites-moi, vous avez vu M. Souscarrière?

— Oui : c'est même par une indiscrétion de son neveu qui est arrivé chez lui pendant que j'y étais, que j'ai su le nom de l'amant do ma femme. Mais votre Souscarrière est un monsieur qui ne mérite pas la sympathie qu'il vous a inspirée^ et je me permettrai même de vous engager à ne plus le voir«

— ^ Ohl nos relations n'ont jamais été très intimes, et je crois bien qu'elles ont pris fin. Je vous avais adressé . à lui parce qu'en sa qualité d'ancien militaire il était compétent pour régler les conditions d'un duel, mais j'ignorais alors que Busserolles serait votre adversaire. Busserolles est très lié avec Bautru, et l'oncle de Bautru ne pouvait pas se charger de vos intérêts.

Quand vous battez-vous ?

— Dès que M* Busserolles sera sur pied, e'est-ft^dire

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lans quelques jours. Et si j'ai la chance de le tuer, je partirai avant la fin de ce mois.

— Pour longtemps ?

— Pour toujours* Je vais quitter la France et m'établir en Amérique. Vous devinez pourquoi j*ai pris cette résolution ?

— Ouij mais elle me paraît bien grave.

— Je veux mettre l'Océan entré moi et* la femme qui m'a trompé. Je veux qu'elle reste seule avec sa honte. C'est le plus cruel châtiment que je puisse lui infliger, car le monde lui tournera le dos et elle en sera réduite à vivre avec une médiocre pension. Elle souffrira dans sa \anité. Elle ne peut pas souffrir par le cœur, puisqu'elle n'en a pas.

^ Peut-être avez-vous raison, dit Frédoc, d'un air/ attristé. Il me semble cependant que vous pourriez vivre séparé d'elle, sans vous condamner à un exil perpétuel.

— Non, mon ami. Je l'aime encore et si j'étais exposé à la revoir, j'aurais peut-être la faiblesse de lui pardonner.

D'Estelan m'approuve et d'Estelan fera comme moi.

— Comment! s'écria Frédoc, M. d'Estelan veut partir?

— Lui aussi, il a été trompé. Sa femme s'est amourarachée de ce M. de Bautru. On prétend, pour l'excuser, qu'elle croyait être veuve... Son père avait jugé à propos de lui dire que d'Estelan s'était tué en sautant par la fenêtre... et vous savez que plus tard la justice elle-même a cru à la mort de notre ami... une lettre à son adresse ramassée au Bois de Boulogne près du cadavre d'un suicidé à causé l'erreur.

— C'est moi qui ai trouvé cette lettre, dit sans hésiter Frédoc, et j'ai été trompé comme tout le monde.

— Si j'avais su ce qui se passait, reprit Aubijoux, je ne vous aurais pas caché que d'Estelan vivait. Vous auriez gardé le seeret vis-à-vis de la police, mais vous

auriez pu renseigner M. Souscarrière. Malheureusement, j'étais à Marseille et j'ignorais tout cela. Je Tenais de rentrer à Paris quand notre ami a été arrêté.

Aujourd'hui, la situation est celle-ci : La fille du comte de Maugars s'est évanouie ce matin en voyant apparaître son mari qu'elle a pris pour un revenant. M. Souscarrière a déclaré à d'Estelan qu'elle aimait son neveu Bautru, qu'elle comptait l'épouser, et que faute de pouvoir se marier avec ce joli monsieur, sous peine d'être bigame, elle entendait rester indépendante et suivre son père qui va l'emmener je ne sais où. Le même Souscarrière â tranquillement conseillé à d'Estelan d'accepter cet arrangement, et de se retirer sans bruit ; il lui a promis d'ailleurs que M. de Bautru s'éloignerait aussi, et il a essayé de lui persuader que, grâce à ces concessions réciproques, personne n'aurait à se plaindre. 1

— Et M. d'Estelan a consenti?

— Non, mais il a deux partis à prendre : .ou renoncer à sa femme, ou faire intervenir l'autorité pour l'obliger à vivre avec lui.

D'Estelan hésite et m'a demandé mon avis.

— Puis-je savoir ce que vous lui avez répondu?

— J'avais hâte de vous le [dire, mon cher Frédoc, et je suis certain d'avance que vous appuierez le conseil que je viens de lui donner.

Je pense qu'il aurait tort d'envoyer chercher sa femme par le commissaire de police. Un galant homme ne descend pas jusqu'à employer de tels moyens.

— Alors, vous lui' conseillez de laisser le champ libre à M. de Bautru? dit vivement Frédoc.

— Non. Je lui conseille de le provoquer, et de l'obliger à se battre.

— Ce n'est pas une solution. Car, après le duel, quel qu'en soit le résultat...

— Après le duel, si comme je l'espère bien, notre ami

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tue son adversaire, il ira trouver le comte de Maugars et sa fille ; il leur dira : Je pourrais reprendre ma femme, je le devrais môme, car je n'ai aucun ménagement à garder avec vous ; mais j*aime mieux me venger par le mépris. Qu'elle aille où il vous plaira de l'emmener. Elle ne peut pas se marier, puisque je vis. Elle est assez punie. Je pars, et vous ne me reverrez jamais.

A cette conclusion, Frédoc fit un geste de surprise et regarda d'Estelan qui écoutait sans mot dire.

Et après un silence, il lui demanda :

— Est-ce là votre sentiment, monsieur?

— Je n'ai pris encore aucune décision, murmura le mari de Madeleine.

-<- Alors, puisque notre ami Aubijoux tient à savoir ce que je pense, vous me permettrez sans doute d'exprimer mon opinion.

— Parlez, monsieur.

— - Elle est diamétralement opposée à la sienne.

— Quoi I s'écria Aubijoux, vous voulez que d'Estelan laisse en repos ce Bautru?

— Oui, pour deux raisons : la première, c'est que M. de Bautru en cette afi'aire me parait être le moins coupable.. • il ne pouvait pas empêcher la fille du comte de Maugars de l'aimer; la seconde, c'est que l'issue de ce duel est très incertaine.

Si le sort des armes était contraire à M. d'Estelan... tranchons le mot, s'il était tué, son rival pourrait épouser sa veuve.

— Il n'oserait pas. Tout Paris lui jetterait la pierre.

— On ose tout quand on aime. M. de Bautru en serait quitte pour aller se marier loin de Paris, et comme précisément M. de Maugars a, dites-vous, formé le projet de s'expatrier, rien ne serait plus facile.

J'ajoute que si, au contraire, M. de Bautru succombait dans une rencontre qu'en bonne règle il n'était pas

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obligé d'accepter, Topinion publi(|ue se prononcerait \ énergiquement contre d'Estelan.

— Et qu'importe Topinion publique? Pour ma part, je m'en moque, et je me battrai avec M. Busserolles, sans minquiéter de savoir si elle m'approuvera»

— Vôtre cas est tout différent, mon cher Aubijoux. Tout le monde sait ou saura que vous avez contre Busserolles des griefs légitimes, car je ne vous cacherai pas que l'histoire de sa blessure s'est déjà répandue.

Mais personne ne se doute que madame d'Estelan s'est éprise de Guy de Bautru, et une rencontre entre son mari et ce jeune homme donnerait lieu à des commentaires fâcheux. Bien des gens ignorent encore la déplorable méprise dont M. d'Estelan a été victime. Le lendemain du duel, tout Paris apprendrait qu'il a été accusé, arrêté, qu'il a passé plusieurs jours en prison.

— Il n'a pas à en rougir, puisque son innocence a été reconnue. Et au surplus, l'inconvénient que vous signaler n'est rien en comparaison du sacrifice que notre ami serait obligé de faire s'il cédait sa femme à M. de Bauiru.

— Je ne suis pas d'avis qu'il la lui cède, dit Frédoc^

— Que conseillez-vouç donc? demanda Aubijoux très étonné.

— Je n'ai pas qualité pour conseiller M. d'Estelan; seulement, si j'étais dans la même situation que lui, je n'hésiterais pas un instant à user d'un droit que nul n'oserait contester. Je sommerais ma femme de me suivre et, si elle s'y refusait, j'emploierais les voies légales.

«^ G'est-à-dire la gendarmerie. Mais^ mon cher Frédoc, ce serait alors que l'opinion publique dont vous faites tant de cas blâmerait d'Estelan.

— Il ne serait pas obligé d'en venir à requérir la force armée. La menace suffirait, j'en suis sûr. Pour en douter, il faudrait ne pas connaître le coaur des femmes. Elles

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résistent tant qu'elles CFqiept pouvoir résister impunément, pies s'inclinent c^eyant une vplonté plus forte que la leur, et ell^s p'ap veulent pas à rhomme qui l0S contraint à lui obéir, car ailes n'aiment qup ceux qpi les matent. S'imposer, c'est le vrai fflqyen 4e l^ur plaire. -- Vous avez fnauvaise opinion d'elles, vous, qu'elles n'ont pas fait souffrir. Que serait-ce si vous aviez été marié? dit Àubijoux en souriant tristement.

— Mon cher, dit Frédoc, j'aii près de soixante ans, et quelques-uns me prennent pour un sage, niais je vous jure que la sagesse m'a coûté cher. Il m'est arrivé comme à tant d'autres de me livrer pieds et poings liés à une créature que j^^dorais. J'en ai été cruellement puni. Il m'est arrivé aussi d'être aimé p^r celle que je dédaignais. Et j'ai acquis la triste conviction que )a reconnaissance n'est pas une vertu à l'usage des femmes.

Mais je m'aperçois que je me laisse entraîner à philosopher hors de propos, et je serais désolé qu^ M. d'Estélan supposât que je cherche à influencpf ses résolutions. J'ai donné mon avis, parce que vous m'en avez prié; jp ne me permettrai pas de lui demander s'il le suivra.

— Si vous me le demandiez, monsieur, je ne pourrais pas vous répondre maintenant, car je ne sais pas encore ce que je ferai, dit d'Estelan, qui avait écouté, sans y prendre part, ce dialogue où il n'était question que de lui.

Je verrai ma femme et qu^nd je l'aurai yne, je prendrai une décision.

— Quand la verrez-vous ? demanda M, Àubijoux»

— Dès qu'elle sera en état de me recevoir ; demain pputêtre. M. Souscarrière m'a donné sa parolp de me préve* nir.

— Je souhaite que ce soit le plus tôt possible et que vous adoptiez mes idées, mais vous être libre, njon cber ami, et il me semble que nous avons assez parlé de ce triste sujet.

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. — Beaucoup trop, appuya Frédoc ; je vais prendre congé de vous et de M. d'Estelan, mais je reviendrai probablement un de ces jours vous demander un service.

— Demandez-le moi tout de suite.

— Non. Je n*aurai peut-être pas besoin de vous.

— Mais vous savez du moins de quoi il s'agit?

— D'une affaire assez grave, qui n'intéresse que moi, et pour laquelle un ami dévoué peut m'être d'un grand secours. Elle est engagée et elle va aboutir très procbainement, mais il se peut qu'elle ne tourne pas de façon à me mettre dans la nécessité de recourir à vous, et alors, il serait inutile de vous en parler. Souffrez donc que je vous quitte, après vous avoir demandé si je puis compter sur votre appui, le cas écbéant.

— Absolument ; je me battrais pour vous, s'il le fallait.

Frédoc se leva, serra la main que le financier lui tendait, n'offrit pas la sienne à d'Estelan qui le salua sans cordialité, et s'éloigna appuyé sur le bras de M. Aubijouz, qui le reconduisit jusqu'à la grille, où une voiture de place l'attendait.

— Cet bomme a raison, pensait le mari de Madeleine, en les suivant des yeux. J'ai voulu me faire aimer et j'ai été trahi. Pourquoi ne me ferais-je pas craindre, maintenant? Elle reviendrait peut-être à moi. J'essaierai.

Et si ceux qui ont la prétention de la protéger contre mes entreprises y trouvent à redire, ils me fourniront un excellent prétexte pour leur chercher querelle.

Ce Bautru et ce Souscarrière, avec quelle joie je les gratifierais d'un bon coup d'épée I

— Yoilà un véritable ami, cria Aubijoux en lui montrant Frédoc qui les saluait du haut de sa Victoria. Savezvous ce qu'il vient de me dire en me quittant? Il m'a promis de vous faire connaître bientôt le scélérat qui vous a dénoncé deux fois .

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