II
851 l'âquipage du biable
Vous êtes entrée avec lui dans la serre qui est au bout da jardin. Btcet homme... je l'ignorais alors... cet homme... TOUS l'aimiez... tous Taimez^encore.
Mais à quoi bon parler du passé ? Je vis, je sais libre, je puis aller partout la tête haute, et votre père lui-même n'oserait pas contester mon droit.
Vous venez de me répondre que vous étiez prête à me suivre. Je devrais peut*être vous prendre au mot et vous emmener de cette maison à 1* instant même. Votre père ne m'a pas accordé de délai quand il m'a présenté un revolver. Il a refusé d'entendre mes explications ; il m'a sommé de me tuer sans me laisser le temps de vous dire adieu.
. Je serai moins barbare que lui. Je vous donne trois jours pour vous préparer à le quitter et je vous charge de lui expliquer ce que j'attends de vous.
Moi aussi, j'ai résolu de partir. J'ai des intérêts au Mexique. J'y retourne, et comme la place d'une femme est près de son mari, vous partirez avec moi. S'il me platt de m'y fixer, vous y resterez. Si je reviens en Europe, nous y reviendrons. En un mot, où que j'aille, vous irez.
— C'est mon devoir, murmura Madeleine, et je ferai mon devoir, je vous l'ai déjà dit.
— Oui, c'est votre devoir et ce «era en même temps votre chàtimenL Je ne prétends pas que vous m'aimiez, mais je prétends que vous me suiviez Quant à votre père, il fera ce qu'il voudra. Je ne puis pas l'empêcher d'habiter le pays que vous habiterez. Je ne vous empêcherai même pas de le voir. J'exigerai seulement de vous l'engagement de ne jamais prononcer iouBom devant moi . Je n'interviendrai entre vous et lui que si je m'aperçois qu'il cherche à vous enlever à mon autorité pour y substituer la sienne.
Quant àses amis, qui sont aussi les vôtres, j'espère qu'ils n'auront pas faudace de se montrer là où je serai. M.Sops-
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carrière m*a donné sa parole que son neveu allait disparaître...
— Et il la tiendra, dit une grosse voix, qui se maria au bruit de la porte ouverte avec violence.
— Vous ici, monsieur I s*écria d-Estelan avec colère. Yous vous étiez engagé à ne pas troubler mon entrevue avec ma femme.
Et il s*avança menaçant, pour barrer le passage à Toncle de Bautru, qui venait d'entrer dans le salon comme un ouragan.
— C'est vrai, répondit brusquement Souscarrière,mais Yous allez me remercier de l'avoir interrompue quand TOUS saurez ce que je viens vous apprendre.
Je connais m^aintenant 1q misérable qui vous a dénoncé.
— Nommez-le I
— C'est M. Frédoc, l'ami de votre ami A^bijoux ; M. Pré- <loc, que vous prétendiez bier ne pas connaître et qui vous connaît bien, lui.
— Quand vous m'avez parlé de lui, je ne me suis pas souvenu que je l'avais vu, peu de jours après mon arrivée à Paris... mais vous ne me persuaderez pas qu'il ait eu rinfamie...
— Interrogez-le. Il vous dira tout ce qu'il vient de me •dire à moi-même.
Ohl ce n'est pas à vous qu'il en voulait, c'est le comte •de Maugars qu'il poursuivait de sa haine. Il ne vous a dénoncé que pour le déshonorer, et s'il a inventé un stratagème diabolique à seule fin de nous faire croire que voifs étiez mort, c'est qu'il voulait compléter sa ven* geance en atteignant aussi votre femme. II savait que mon neveu...
— Assez, monsieur I Jurez*moi que vous n'inventez pas cette histoire pour me détourner d'exécuter la volonté que je vous ai signifiée.
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— C'est-à-dire pour yoas faire oablier que vous avez des droits sur Madeleine, n'est-ce pas? Rassurez-vous, monsieur. Nul de nous ne songea gêner l'exercice de votre autorité maritale. Je ne sais ce qui vient de se passer entre Madeleine et vous, mais je suis certain qu'elle vous a tenu le même langage que moi. Vous la reverrez quand vous voudrez, mais je vous engage très fort à courir sans perdre une minute chez ce Frédoc.
Il demeure rue de la Bienfaisance, au bout, à droite, en entrant parla rue du Rocher. Tous' le trouverez chez lui. J'en sors.
Je n'ai pas besoin, je pense, devons dire comment j'en userais avec cet homme, si j'étais à votre place. Je vous préviens seulement que, s'il n'a pas affaire à vous, il aura affaire à d'autres.
— Cela suffit, monsieur. C'est à moi de punir ce misérable, dit froidement d'Estelan.
— Vous allez vous battre... risquer votre vie? s'écria Madeleine, en faisant un mouvement comme si elle eût voulu le retenir.
Son mari le vit ce mouvement, irréfléchi peut-être, mais qui partait du cœur, et il pâlit ; ses yeux se troublèrent. 11 était violemment ému, mais il se raidît contre l'attendrissement qui le gagnait.
— Qu'importe ma vie? murmura-t-il. Si je suis tué, vous serez heureuse, puisque vous pourrez vous remarier.
Et il sortit précipitamment.
— Mon Dieu! qu'avez- vous fait? dit Madeleii^e tremblante.
— Ce que je devais faire, ma chère enfant, répondit Souscarrière, qui était resté parfaitement calme. Je viens de découvrir par hasard l'auteur de nos désastres, et j'accourais pour le signaler à ton père. Nous avons tous des comptes à régler avec ce gredin, et ton mari plus qu'au-