‹ L'équivoque du classicismeChapitre 10 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

faisait de l'art allemand ou Scandinave, parce qu'on admettait en soi comme plus grande valeur le singulier, parce qu'on voyait dans le bizarre la plus authentique expression du beau.

Les conséquences en découlaient d'elles-mêmes. Retour à tout ce qu'on avait abandonné, abjuré, brûlé ; retour au fonds national ; retour, enfin, au Classicisme parce qu'en lui est la plus grande discipline, parce qu'il a produit des chefs-d'œuvre éternels, parce qu'il manifeste l'essence du plus pur génie français. — Ainsi seraient repoussés les mauvais apports étrangers, ainsi seraient réintégrées nos meilleures facultés, notre vraie force, notre plus sûre méthode pour la production littéraire.

« Le 15 avril 1903, écrivent MM. Georges Casella et Ernest Gaubert, la Renaissance Latine publiait sous le titre « La Renaissance Classique » la préface que M. Louis Bertrand destinait aux Chants Séculaires de

Joachim Gasquet l'auteur du Sang des Races gro-

rifiait le culte de la Tradition de la Terre et des Morts, l'Ame, la Race, l'Epée. On s'étonna. Pourtant ce que M. Bertrand venait de crier, dix écrivains l'avaient clamé en vain au cours de ces dernières années. MM. Xavier de Ricard (Le Fédéralisme, 1875), Auguste Fourès, Péladan, Maurice Barrés, Charles Maurras, Amouretti, Jean Carrère, avec des talents inégaux sans doute, s'étaient fait les champions de cette thèse. Ce qu'ils voulaient, ce n'était pas à proprement parler une renaissance classique, mais une renaissance

latine, le retour à la discipline, à l'harmonie, mais aussi le culte de l'inspiration personnelle, du lyrisme conforme aux aspirations de la race, le dédain des abstractions factices, du subjeclivisme vulgaire, du document spécial — en un mot, les soucis classiques de l'âme, de l'idée, de la race, de l'essentiel humain et de la vérité générale, augmentés d'une préoccupation de lyrisme facilement romantique — et aussi des conceptions politiques divergentes.

« Ce genre un peu spécial de Classicisme qui n'est ni celui de Bossuet, ni celui de Racine, ni celui de Fromentin, a son origine dans l'œuvre du plus grand poète européen : Frédéric Mistral. C'est de là qu'elle (?) s'est infiltrée jusqu'à nous. Mireille, le Poème du Rhône, les Iles d'Or ont eu leur retentissement aussi bien sur M. Charles Maurras que sur M. Joséphin Péladan » (1).

Déjà celui qui semble avoir été la volonté suprême de l'Enquête de Paris- Journal, Jean Moréas, avait, en 1891, publié le Pèlerin passionné et avec MM. du Plessys, Raymond de la Tailhède, Ernest Raynaud, Albert Saint-Paul, Charles Maurras, fondé l'école romane. Quoique adhérant primitivement au Symbolisme, il s'était précédemment écrié : « Répudions seulement Y Inintelligible, ce charlatan ». La réaction était virtuellement commencée.

(1) La nouvelle littérature, 1895-1905. Georges Casella et Ernest Gaubert. (Sansot et C'e).

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