PREMIÈRE PARTIE
« Mon instinct n'avait pas tardé à m'avertir, écrivait Jean Moréas, qu'il fallait revenir au vrai Classicisme et à la vraie antiquité, ainsi qu'à la versification traditionnelle la plus sévère » (I). Le souci de retrouver dans sa richesse originale une langue « appauvrie, desséchée, gênée » (2) duraot « surtout les dernières années du Classicisme, au début du xixe siècle » (2) formait peut-être d'abord la grande raison du moderne qui aspirait à retrouver la poésie de Ronsard et des membres de la Pléiade. Mais il ne devait pas en rester là. Celui qui s'estimait « en art, deux fois français, étant né Grec », et qu'un de ses historiographes pouvait appeler « notre poète nationaliste » (3) devait rejoindre la plus belle et plus complète époque française. « C'est toujours de la tradition française que nous le voyons préoccupé, écrit M. André Beaunier. Il s'effraie de l'influence des littératures étrangères sur notre génie propre — influence qui s'est développée chez nous sous la forme principalement du pessimisme. Il a peur que les qualités françaises cèdent devant cette intrusion de races hétérogènes, et il voudrait que se renforçât conformément à sa nature vraie, l'esprit latin ». Jean Moréas combattait alors en effet « les misérables pédants qui vantent la Minerve tudesque, et l'anglais, de gravité l'hoir. » Il s'opposait
(1) La littérature contemporaine (1905). Georges Le Cardonnel et Charles Vellay.
(2) André Beaunier. La Poésie nouvelle. (Mercure de France).
(3) André Beaunier. La Poésie nouvelle.
également au Romantisme affirmant que « c'est en France que son œuvre eut les plus funestes conséquences, l'esprit et la langue y étant foncièrement réfractaires à cet art » (1).
En 1899 et en 1901, le poète, enfin parvenu à luimême, et qui avait l'héroïsme de condamner les œuvres de sa jeunesse non conformes à son dernier et suprême idéal, donnait les six livres des Stances. Tout en leur reprochant de sortir de l'époque, de ne pas montrer le sens du mystère et de s'élever contre la littérature symboliste, alors dans toute sa floraison, M. Beaunier ne pouvait cependant s'empêcher de déclarer : « différenciant son art des arts plastiques et de la musique, c'est en vérité de la poésie qu'il nous donne, selon la tradition française. » (2)
La possibilité d'une renaissance classique était mieux que démontrée : engagée. L'influence purement littéraire de Jean Moréas allait alors grandissant et s'élargissant.
L'individualisme symboliste, de son côté, et durant le même temps, menait, en se dépouillant de la bizarrerie, au régionalisme. Pour se différencier, le moyen paraissait efficace de faire appel aux influences, aux vertus de la petite patrie, de la province natale. La théorie sociale de l'art y appelait, d'ailleurs. C'était le chemin suivi par Maurice Barrés,
(1) Jules Huret. L'Enquête sur l'Evolution littéraire. Appendice.
(2; André Beaunier. La poésie nouvelle.