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PREMIÈRE PARTIE

d'abord apôtre de l'égotisme et qui aboutissait à la glorification de la terre et des morts particuliers, qui établissait, sur beaucoup d'art, la doctrine du racinement.

Mécontentes et lasses que leurs énergies fussent absorbées par la Capitale centralisatrice, les provinces aspiraient à reconquérir une vie propre. Certaines ambitions locales, trouvant en ce mouvement qui s'organisait un bon moyen d'arriver à leurs fins, le secondèrent ardemment. Le Régionalisme se développa.

La province n'ayant rien de nouveau ou d'actuel à produire, puisque, malgré tout, le présent appartenait au Paris muitiple et total, puisque le régionalisme restait un mouvement de minorité, il lui fallait bien se tourner vers le passé. Et le passé où elle se retrouvait, était l'époque d avant l'unification républicaine. La Révolution ne l'avait-elle pas abolie organiquement comme adminîs'rativenient? On allait alors au moment où l'ancienne France parvenait à son apogée, c'est-à-dire au xvne siècle, c'est-à-dire à l'époque du Classicisme.

La Provence, fière de ses origines, et dont les artistes, nombreux et remuants, se groupaient autour de Frédéric Mistral, son régénérateur, servait de boulevard à la Renaissance classique. « Peut-être que demain, écrivait un de ses fils, Jean Carrère, l'âme hellène venue à nous par les flots qui baignent Marseille, réveillant au passage les mânes assoupis des

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vieux consuls d'Arles et définitivement épanouie dans la maison blanche de Maillane, au pied du Parnasse resplendissant des Alpilles, va remplir de nouveau l'Europe rajeunie pour la plus grande joie du monde et le relèvement des nobles esprits. » (I)

Aux régionalistes par tempérament se joignaient ceux qui, ne se référant qu'à la grande patrie, suivaient la même évolution que Jean Moréas ; ceux qui, constatant avec amertume l'anarchie et l'impuissance du présent, tout accordé à l'étranger, voulaient, pour la gloire des lettres, ressusciter le pur et intégral esprit français. Par eux une renationalisation littéraire s'accomplissait. Le xvn° siècle, ce sommet français, devenait également leur modèle.

Or, à cette époque, la France était en royauté, — et selon la théorie tainienne de l'art, on voyait en ce régime la condition, la cause même du Classicisme.

De leur côté, les régionalistes devaient condamner la Révolution destructrice de la province.

Ainsi la renaissance littéraire était bien proche de se doubler d'un mouvement politique — qui ne pouvait être qup réactionnaire.

(1) Revue Encyclopédique, 31 juillet 1897.

La Renaissance classique et la Politique

Le néo-royalisme encore latent, ou chez beaucoup à l'état paradoxal, se déclara officiellement à la suite de l'Affaire — l'Affaire qui fut une grande criso de toute la France et qui amena la crise actuelle de la République.

Comme à une nouvelle heure de la patrie en danger, chacun se jeta dans l'action, et dans sa sphère, milita. Admirable manifestation de conscience sociale. Les intellectuels ne furent pas les derniers à descendre dans l'agora. Le grand cri « J'accuse » était parti d'un des leurs, et tous se rangèrent autour d'Emile Zola. Ils se passionnèrent pour les principes, plus que pour la cause en soi, épris d'idéal et d'absolue justice. C'est alors qu'on vit les Anatole France, Mirbeau, Buisson, Duclaux, Havet, Séailles, Carrière, Berthelot et tant d'autres, paraître à la tribune, dans les réunions publiques et haranguer les foules.

Durant cette période, les idéologues, les artistes de

la tour d'ivoire se trouvèrent en contact direct avec les politiciens. De ce contact nouveau résultèrent d'importantes conséquences. Les intellectuels furent édifiés et blessés.

De leur part, certes, toute sincérité. Ils venaient franchement au peuple, animés de grande foi sociale et humanitaire. Ils croyaient enfin en un devoir civique et l'accomplissaient avec allégresse — parfois contre leurs intérêts. On leur avait assez reproché leur isolement, leur indifférence, leur dédain même. Ils rentraient dans la cité. Ils semblaient avouer leur tort de la veille et vouloir se !e faire pardonner. Ils apportaient à leur fonction un zèle ardent de néophytes. « C'est par l'Affaire que les hommes de notre génération ont communié pour la première fois dans l'humanité, écrit Paul-Hyacinthe Loyson. Pour nous, elle a été et elle demeure une religion. Toute notre vie, nous porterons au front glorieusement ce baptême d'outrages et de larmes. A ce signe nous nous reconnaîtrons. » (1)

Un essai d'art social, indiqué par les 7Vo?s Villes, d'Emile Zola et que celui-ci devait continuer et accentuer par les Evangiles, prenait l'apparence d'une nouvelle école littéraire. J. II. Rosny, Lucien Descaves, Paul Margueritte, ceux des Cinq qui s'étaient séparés de l'Ecole de Médan, et qui, depuis, montraient dans

(1) Les Droits de l'Homme — 13 Novembre 1910 (numéro consacre à deux personnages qui ont mal tourné : le Dreyfusisme qui a trahi, le Modernisme qui a menti).

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