PREMIÈRE PARTIE
point la Révolution Dreyfusienne (1) « menée par des propagandistes bien médiocres », « des autocrates dont Torgueil niais joua un rôle considérable » et qui, à côté des étourdis, comptait « peut-être aussi des scélérats ». 11 devait utilement montrer qu'alors « il y eut une prodigieuse curée dans laquelle les socialistes parlementaires ne furent pas les moins cyniques. » « Pourquoi les nôtres sont-ils débandés, découragés ou hésitants? se demande aujourd'hui Paul-Hyacinthe Lovsod. — Parce que nos principes ont été trahis par les profiteurs républicains et pervertis par les profiteurs anarchistes » (2). Et il distingue ces « hommes de destruction systématique qui, un instant, livrèrent le combat à nos côtés contre le vice des institutions, mais avec le malin propos de nous déborder dans notre camp et de prolonger contre toute espèce d'institutions l'élan de notre assaut initial 2) ».
Anarchie, corruption, répétaient les intellectuels sortant de l'Affaire!
Quelques-uns, comme Charles Péguy, l'auteur de cet admirable livre « Notre Jeunesse » et ses collaborateurs des Cahiers de la quinzaine, gardèrent leur foi en la mystique républicaine. D'autres la perdirent. Des analystes prévenus, pour ne pas dire partiaux, montrèrent l'origine de l'anarchie et de la corruption
(1) Une brochure, librairie des Sciences politiques et sociales, Marcel Rivière.
(2) Les Droits de l'homme, du 13 novembre 1910.
dans la République elle-même, dans son principe et son fonctionnement. L'accusation grandit, s'étendit à tout le présent, de l'ensemble au détail, du détail à l'ensemble. Procès énorme. « La crise de 1899 élevait une accusation formidable, déclare Charles Maurras. Nous avions dû toucher du doigt l'impuissance du régime démocratique et républicain à défendre sérieusement contre ses propres forces les secrets de l'Etat, les sentences de la justice et les services supérieurs de l'armée ». Et cette phrase ouvre le multiple réquisitoire qu'est l'Enquête sur la Monarchie.
Sans s'assurer s'il n'y avait pas dans les fautes attribuées à l'institution, fait humain (tristement humain, hélas!) plutôt que politique, et sans se souvenir que la monarchie n'avait pas montré dans l'administration des affaires publiques plus de valeur et d'honnêteté — encore moins peut-être — on condamna à jamais le régime. On somma la Troisième République de comparaître à la barre de l'histoire, et de répondre à cette question : « Tous les Français sont-ils devenus heureux? » Ne lui laissant pas le temps d'exposer ce qu'elle avait fait pour la nation et l'humanité, de rappeler ses victoires dans la paix et le travail, on affirma : non, péremptoirement. Et elle avait disposé de plus de trente ans I Sa faillite fut prononcée aussitôt, car il était entendu qu'elle devait réaliser le bonheur universel. La Révolution fut condamnée avec elle. La mère et la fille.