‹ L'équivoque du classicismeChapitre 15 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pas d'autre conclusion, alors, que d'en revenir au Roi, et c'est ce qu'on fît.

C'était en politique. Il fallait une suite à la décision formelle. La réaction prit corps. Nous avons nommé le groupe de l'Action française. Trop de mécontents et surtout cette restante classe des particules — sans plus aucun titre naturel cependant — qui regrettent la nuit du 4 août 1789, s'empressèrent d'aider à sa constitution par espèces matérielles.

Parmi les fondateurs du néo-royalisme et ses premiers adhérents, se trouvait un grand nombre des écrivains qui, dans l'ordre littéraire, travaillaient à la renaissance classique. Ainsi que nous l'avons montré dans le précédent chapitre, la voie leur était toute tracée. Elle les tentait déjà en s'ouvrant devant eux. L'Aftaire les détermina au passage d'un ordre à l'autre. De la littérature à la politique théorique, ils n'eurent qu'un pas à faire. Aussi bien — et nous l'oublions trop de notre côté, ou nous avons tort de ne pas le voir — littérature et politique ne sont-elles pas, sous des formes un peu différentes, qu'une même action à fin unique? Pourquoi, depuis l'Affaire, laissonsnous aux adversaires de la République l'exploitation de cette identité qui serait, à notre service, si utile et si féconde?

Les néo-royalistes, cependant, cherchaient à accroître lour nombre. Le chemin qu'eux-mêmes avaient suivi leur semblait des meilleurs. Ils l'avaient parcouru lentement, presque guidés par le hasard. Ils voulurent

le rendre rapide et direct. Réunissant donc systématiquement littérature et politique, qu'on séparait depuis si longtemps, ils montrèrent l'accord profond des deux termes, et la conséquence rigide, immédiate, de l'un à l'autre. Ils établirent même la prédominance de celui-ci sur celui-là. « Politique d'abord I »

Le système formé, confiants dans sa logique intérieure, ils guettèrent.

Alors qui se détournait du Symbolisme, qui ne voulait point se mettre à l'école de l'étranger, qui rappelait l'ordre, la clarté, la mesure, l'harmonie dans l'art, qui entendait agir selon ses pures qualités ethniques, se voyait attiré, entraîné dans leurs rangs.

Deux Classicismes qui s'excluent

Mais les néo-royalistes semblent seulement avoir raison. Reconnaissant que le Classicisme constitue surtout une méthode, ils ne séparent pas celle-ci, cependant, de l'emploi qu'en firent les écrivains qui, au xvii' siècle, la fixèrent, c'est-à-dire des œuvres dans lesquelles elle a paru. De cette confusion naît leur erreur.

Ils manquent d'apercevoir la véritable fonction de la littérature et aussi de saisir le sens exact du rapport de celle-ci avec le milieu. Ils croient selon la théorie tainienne que l'art est un produit direct de la société dans laquelle il se développe. Or, agi par elle, il réagit sur elle à son tour, et cette action est plus importante, plus essentielle que la première. L'Art donne plus qu'il reçoit. Le milieu conditionne bien en eflet les œuvres, mais il n'en fournit point la cause première. Celle-ci vient de l'Esprit qui manifeste la révolte nécessaire contre les réalités sociales primitivement mauvaises. Le Classicisme est la méthode que dut se constituer

la littérature, l'Esprit, en dehors des contingences et malgré le milieu même.

Peut-être n'eût-il pas été impossible, avons-nous dit plus haut, de donner au terme classique, pour le besoin présent et futur, une signification moderne. Peut-être fût-on parvenu à lui faire exprimer la prochaine doctrine littéraire qui, suite d'une évolution continue, doit être en accord avec notre actuelle formation intellectuelle et morale plus avancée dans le vrai que celle des générations précédentes.

Nous avions tort. Ce n'était point possible. On ne pouvait infuser un sens nouvel à ce mot, l'un des plus représentatifs dans l'ordre littéraire. Fixé depuis longtemps, malgré son pseudo-homonyme, il se refuse à tout changement. C'est qu'il n'exprime pas un idéal, mais une méthode. Il propose un instrument, non une matière. On ne saurait lui demander une conception de l'homme et de la vie. Les classiques ont étudié les choses, ils n'en ont point tiré une philosophie. Au xvii6 siècle, les écrivains ne servaient pas les Idées. Us se contentaient d'être d'accord avec les « idées du règne ».

Enseigné dans les hautes écoles, comme c'est sa destination véritable, le Classicisme laisse l'esprit libre. Il n'impose aucune conviction à ceux qui en reçoivent l'initiation. C'est ailleurs qu'en lui qu'ils doivent chercher leurs raisons de croire, leurs certitudes, la notion des droits et des devoirs. La prétention des néo-royalistes, obligeant de conclure à la

Page 1