‹ L'équivoque du classicismeChapitre 21 sur 62 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

habiles et prêts à tirer profit de l'adhésion, si on la prononçait. Alors, ayant à servir l'humanité et non la royauté, on laissait passer la formule delà Renaissance classique sans l'accepter.

On saisissait aussi l'incompatibilité entre le terme et notre époque et l'impossibilité d'adapter le premier à la seconde. Son sens réel dominerait toujours — et pourquoi de la question littéraire faire une insoluble question de mot ?

Cependant, on doit le reconnaître, l'appel au Classicisme fut utile. Celui-ci évoquait des qualités que nous avions besoin de retrouver pour nous-mêmes, et de restituer à notre littérature. Il permit de les vouloir, de les réaliser déjà un peu. Il les fît renaître en quelque sorte. Beaucoup, sans lui, sans le débat qu'il provoqua, ne se fussent point autant aperçu qu'elles étaient nécessaires, ni attachés ensuite à les reprendre. La clarté, l'harmonie, la mesure, le naturel, le goût qui reparaîtront dans la forme des ouvrages seront dus, pour leur emploi, à l'actuelle proposition de la Renaissance classique.

Mais si nous aspirons à ces qualités de l'Esprit, si nous souffrons, enfin, de nous sentir intoxiqués de virus étrangers, si nous voulons réintégrer notre nature propre, ce n'est pas par effet d'une crise de nationalisme exclusif — qui nous identifierait aux partisans du Classicisme Occidental.

Nous manifestons seulement le désir de nous servir des méthodes et des procédés qui nous sont naturels —

partant, dont nous savons tirer le maximum d'avantages. Cela, parce que la preuve est faite contre la tentative d'un art sans règles, sans disciplines, et résultant du seul don ingénu.

Oui, si impropre qu'il fût, le mot classique a déterminé un effort nécessaire. Il a provoqué dans la littérature un mouvement tel qu'on n'en avait point vu d'aussi important depuis vingt ans et plus. Il l'a galvanisée. Ce n'est plus aujourd'hui l'inertie générale d'hier encore. Quelque chose fermente. Un événement a commencé.

Les esprits se sont éveillés de leur longue torpeur et tournés vers un centre. Grâce a ce mot « classique » proposé par un homme qui voulait rester sur le terrain littéraire, il n'y a déjà plus anarchie si profonde qu'autrefois. Un ensemble de points, qui se tiennent entre eux et qui contribueront à former une synthèse, est tenu vrai par la grande majorité des écrivains d'aujourd'hui et de demain. Premier symptôme d'une organisation, En même temps, par l'échec motivé du mot, on sait ce dont on ne veut pas. C'est déjà définir ce que l'on veut — par l'extérieur. C'est, du moins, circonscrire les recherches, c'est éviter les dangers ou d'autres sont tombés. Ainsi notre génération se distingue de la précédente. Nous ne sommes plus de ceuxlà qui se voulaient indépendants et différents les uns des autres, chacun avec son impératif propre. Ainsi des disciplines se forment. Ainsi une âme commune,

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