‹ L'équivoque du classicismeChapitre 23 sur 62 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Contre la Loi du Rythme

C'est pour un retour à l'Esprit Français que la Renaissance classique a été proposée à la littérature. Sursaturés d'art étranger nous aspirons à retrouver notre nature foncière. Dévoyés par la passion romantique, nous voulons revenir à l'intelligence, à la raison. Férus du don ingénu etde l'individualisme, nous nous soumettons maintenant à la discipline. Révoltés contre la tradition, avec le Symbolisme, nous ne demandons qu'à la reconnaître. Tel serait le sens du mouvement qui se dessine.

Une certaine loi du rythme, sert, dit-on, de méthode à ce simple mécanisme, d'après laquelle l'évolution

littéraire procéderait uniquement par actions et réactions.

M. Charles Morice semble bien adopter cette manière de voir. « Aujourd'hui comme hier, écrit-il dans la conclusion à l'Enquête de Paris-Journal, nous obéirons à cette inéluctable loi de l'action et de la réaction qui explique le Romantisme et il y aura dans les nouvelles productions classiques une grande part de fatalité ». — « Pour ne parler que de poésie et d'art, où chercherons-nous nos certitudes si ce n'est dans les principes contraires aux causes de notre désarroi? dans notre tradition nationale si nous souffrons de l'indiscrète ingérence des autres traditions, dans l'union si nous périssons de division? » « Au lendemain de longues périodes d'analyses, la loi du rythme nous impose un commun effort vers la synthèse. »

D'apparence logique, ce raisonnement n'est point juste cependant, et la loi du rythme ne s'avère point la loi de l'action liitéraire. M. Eugène Marsan remarque avec raison qu'elle constitue « un déterminisme littéraire qui ne nous semble pas heureux ni fécond, et qu'elle pourrait entraîner à considérer l'histoire littéraire comme une suite d'actions et de réactions toutes légitimes » (1).

S'il en était comme on nous dit, la littérature eut été enfermée dès son origine dans un cercle dont elle ne devrait point sortir. Elle tournerait sur elle-même

(1) Revue critique des Idées et des Livres, du 25 octobre 1910.

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