‹ L'équivoque du classicismeChapitre 24 sur 62 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

et ne serait qu'un perpétuel recommencement sous deux aspects opposés. Le point de départ une fois donné, tous les mouvements qu'on appelle actions ne seraient-ils pas des réactions, puisqu'ils se produiraient en opposition à d'autres. Le rythme ne serait alors qu'un incessant contraire, ce qui ne s'explique pas. Nous sommes, là, victimes de mots derrière lesquels n'existe aucune réalité.

Certes, la littérature, produit du milieu, est régie, comme tous les phénomènes, par un déterminisme absolu, mais qui n'est point celui qu'on veut nous faire entendre. Si elle n'avait pour vie que l'action et la réaction, sa force de mouvement serait intérieure, ce qui la dégagerait de toute espèce d'influence extérieure. Parmi les hommes, elle serait libre. Or, nous savons bien qu'elle tient de près au temps, aux choses, aux mœurs, aux idées, et que ces rapports directs constituent précisément la nature de son déterminisme. Taine et Sainte-Beuve, Brunetière et la critique moderne, nous ont assez montré son conditionnement.

Sans doute y a-t-il dans les limites de ce déterminisme action et réaction — et nous voulons dire que le mouvement de la littérature n'est pas continuement, indéfectiblement progressif. — Mais, alors, les causes des retours en arrière résident dans les hommes et dans les choses, non dans la littérature même. On peut aussi remarquer que la réaction n'est en quelque sorte que transitoire, qu'elle ne finit jamais par

empêcher une marche en avant, et même qu'elle cache toujours une période de formation nouvelle.

Les réactions se produisent toujours à la suite des grandes périodes d'activité — lorsque les glorieux initiateurs ont terminé leur œuvre. Le génie de la littérature alors se repose. Les générations s'assimilent la vérité découverte, la nouvelle beauté révélée. Au creuset des choses s'en élabore la suite. Durant ce temps, la place reste aux médiocres, aux stériles imitateurs, lesquels, par leur incapacité, desservent et corrompentla formule qui régnait, pleinière et féconde à l'époque précédente. C'est l'histoire de toutes les « queues » : du lakisme français, queue du Romantisme ; du second Parnasse ; du genre à épouvante et du genre Charles-Louis Philippe, queues du Naturalisme.

Dans le même moment, les adversaires du mouvement terminé reprennent vigueur — car une action littéraire est toujours une conquête, une libération. Les idées qu'il a vaincues, les principes qu'il a combattus, les intérêts qu'il a ruinés, profitent de l'accalmie pour reparaître et c'est cela la réaction.

Il y a dans la littérature, plus de choses de la vie sociale que ne semble vouloir l'admettre M. Charles Morice, partisan de l'art absolu, un des derniers défenseurs de la doctrine de l'art pour l'art, sous cette nouvelle espèce : le lyrisme, rien que le lyrisme. Sur le moment, un art selon cette conception peut faire illusion. Les contemporains le verront d'autant plus

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