‹ L'équivoque du classicismeChapitre 26 sur 62 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La théorie des milieux explique les formes des variations, les conditions dans lesquelles les changements de sujet, de vision et d'expression s'effectuent. Elle demeure impuissante à faire comprendre, sans sortir d'elle-même, la création d'un idéal.

On nousrépondrapeut-être que toute époque contient des éléments matériels et spirituels. Or, si les premiers déterminent une action qu'on pourrait appeler physique, évidemment secondaire, les éléments intellectuels, agissent, eux, dit-on, en causes créatrices.

Si cela était, nous devrions voir que toujours les principes de l'autorité officielle, les idées de l'aristocratie politique, les sentiments communs, les usages, ont réglé l'évolution de la littérature, et dirigé son action. Elle n'eût jamais pu prétendre, alors, exercer un pouvoir correctif sur les mœurs, encore moins constituer une culture et diriger les événements. Elle ne serait qu'une forme amorphe admettant tous les fonds, une fonction sans but au service des hommes les plus habiles à s'en emparer pour en tirer avantage. Elle procurerait la beauté à tout sujet sans en exiger de conditions ; elle plaiderait indifféremment le juste et l'injuste, chargée de répandre, où elle manque, l'apparence de la vérité.

On sait bien cependant que cela n'est point, car les chefs-d'œuvre révèlent une beauté authentique; car la littérature améliore les hommes et les libère du faux et de l'inique ; car elle a déterminé déjà de grandioses événements heureux; car elle réalise sa plus belle

aclivité en préparant notre meilleur avenir. Elle-même choisit avec discernement les causes qu'elle défend. L'injustice et la fourberie lui répugnent. Se trompant, elle se ruine. Il n'est de grande vérité qu'exprimée par elle.

Ainsi la théorie des milieux devient fausse lorsqu'elle présente les éléments intellectuels de la réalité sociale comme les causes créatrices de la littérature.

Nous aussi, cependant, nous la considérons dans ses rapports avec ces éléments. Nous ne commettons pas la faute de l'examiner en soi, car sa véritable identité réside dans une fonction qui ne peut point s'accomplir à l'égard d'elle-même. Mais nous ne nous bornons pas à constater les circonstances parmi lesquelles elle se produit. Nous voulons les juger. Faisant appel à l'histoire et à la nature ; demandant à l'homme le sens de sa vie et à l'humanité la direction de son mouvement, nous évaluons la situation de chaque époque sociale, l'efficacité de son régime quant à ces fins.

Alors, nous reconnaissons qu'il y a séparation entre l'évolution des réalités et l'évolution de la littérature. Ce sont-là deux mouvements. Et, bien loin que l'un dépende de l'autre, ils s'avèrent essentiellement antagonistes.

Les réalités, ou, si l'on aime mieux, les forces sociales en vigueur perdent l'homme au lieu de le sauver. Elles sont aujourd'hui les mêmes qu'à l'origine. 11 n'y a pas davantage de raison dans l'individu, ni moins

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