DEUXIÈME PARTIE
qui devient. Entre eux, le mouvement est nécessaire, \in mouvement qui se compose d'actes en processus, et la littérature, fille de l'esprit, esprit elle-même, parole qui s'accomplit, engendre en nous le devenir.
Sans doute citera-t-on des époques qui sembleront contester ce rôle. Qu'on les examine cependant : ce sont certainement de ces périodes de réaction dont nous parlions plus haut. Ou bien, si l'on prend l'exemple trop loin, dans le passé, ce sera un moment où la littérature ne s'était pas encore suffisamment réalisée.
Car, précisément, en raison de la lutte qu'elle engageait contre les réalités primitives toutes incarnées dans le pouvoir politique, il lui était impossible de parvenir d'emblée à sa complète expression. Fait d'esprit, fait de raison consciente, elle ne pouvait d'ailleurs concevoir clairement son activité et la produire, qu'autant que sa propre vérité lui serait connue. Bien des siècles étaient alors nécessaires car la connaissance de cette vérité, d'ordre social, se trouvait soumise à la découverte préalable de beaucoup d'autres.
Durant qu'elle prenait lentement possession de son identité et de son rôle, la littérature demeurait sous le joug. L'autorité la soumettait par le moyen des écrivains en personne, dont les biens, les droits et l'existence même étaient en danger s'ils donnaient à leurs œuvres trop de franchise et de liberté, s'ils se permettaient d'aller jusqu'au bout de leur pensée. Bien qu'animée depuis toujours de son génie essentiel, elle se voyait donc contrainte à de prudentes réserves. Au
CO l'équivoque du classicisme
surplus, liée aux individus, elle mélangeait beaucoup d'erreurs particulières à des vérités générales. C'est pour toutes ces raisons que la littératuredu xvnesiècle, par exemple, porte si profondément l'empreinte de la monarchie — sert davantage celle-ci, encore que l'humanité.
Toutefois, dans les limites où elle restait libre, elle s'affirme bien révoltée, selon son génie, puisqu'elle entend corriger les mœurs, puisqu'elle fait le procès des vices et des ridicules, puisque l'éloquence sacrée rabaisse la superbe des grands, puisqu'elle fait jaillir la première étincelle de cet incendie qui consumera le vieux monde : le rationalisme.
Ah, certes, une longue théorie scientifique, une nombreuse suite de preuves seraient encore utiles pour montrer, dans toute sa vérité, le génie de la littérature. Nous devrions commencer par définir la vie avant de parler de l'homme. Mais combien d'espace nous faudrait-il alors ! Combien de thèses arides et spéciales pour établir la nature et la fonction de l'esprit f Nous avons déjà esquissé ce travail — quoique bien imparfaitement d'ailleurs, et redoutant d'incorporer dans un sujet semblable à celui de celte étude, des éléments qu'on considère, bien à tort cependant, comme lui étant étrangers. (1)
(1) Après le Naturalisme, vers la doctrine littéraire nouvelle. (Voir les Chapitres : De l'activité de l'Art. De l'esprit à la littérature).