PREMIERE PARTIE
sur le mot classique la plus déplorable confusion »(i). Déjà il avait signalé que ce mot « est susceptible des acceptions les plus diverses »(2). Il les énumérait : « Jadis, c'est classique, signifiait pour tout le monde, c'est dans l'ordre, c'est selon le génie de la race, c'est dans l'organisation des forces, dans la mesure qui les équilibre, c'est dans la santé spirituelle et morale. Aujourdhui, tandis que les uns lui donnent son vrai sens, classique surprend les autres dans un état d'esprit qu'on eût pu croire périmé depuis que s'est apaisée la querelle des Classiques et des Romantiques. En ce temps-là, quand la décorative perruque de Boileau faisait encore de l'ombre à l'horizon, le mot empruntait à l'heure une acception spéciale et temporaire. Mais après un siècle bientôt, on s'aperçoit avec stupeur que rien n'a changé. Pour beaucoup, le classique, c'est encore David et Delille, ce sont les casques et les périphrases! »
Certes la remarque est juste. Cette dernière signification se rencontrait dans nombre de réponses. Ainsi, M. Emile Yerhaeren disait-il : « Sous prétexte de remonter aux sources vraiment françaises, voici que déjà les néo-classiques réinstaurent dans la littérature de notre temps toute la fausse ornementation mythologique et les dieux et les déesses, et les bergers et les bergères, et la fade idylle et les pipeaux, et les
(1) Pour conclure. — Paris-Journal.
(2) Les Mots équivoques. — Paris-Journal.
fontaines et tous les lieux communs dont les plus médiocres auteurs ont fait leurs délices ». — « Chacun de nous comprend le mot classique à sa façon, avouait J. F. Raffaelli. Comprendrons-nous ce mot dans le sens de ce qui appartient à la tradition grecque et latine, ce qui nous donnerait comme règle l'obéissance aux lois esthétiques des Grecs ? »
Ainsi, il y avait bien, dès l'origine, et créée par le terme dont on voulait désigner le nouvel idéal : équivoque, fâcheuse équivoque.
Regardons de plus près, cependant, ou plutôt, écoutons d'autres voix. M. Georges Lecomte nous met en garde contre les écrivains pour lesquels « le souci d'une rraction classique sera l'arrogante excuse de leur impuissance ». M. Romain Rolland constate que la renaissance classique « est un phénomèue normal de réaction, comme il s'en manifeste périodiquement dans la mode intellectuelle de chaque peuple et plus fréquemment chez le nôtre qui est le plus propre à changer ». M. Paul Adam s'écrie avec passion: «C'est insulter au génie de la France que de l'amoindrir par des retranchements arbitraires, selon la politique d'arrivistes et de sectaires un peu simplistes. » M. Henry Bataille, avec une belle crànerie, déclare : « Je n'ai jamais pu savoir ce que c'était que le classique, mais je sais bien par exemple ce qu'on appelle le classicisme. Ce n'est pas le retour à un idéal, au contraire. C'est, à périodes fixes, une arme éternelle de la réaction. »