‹ L'équivoque du classicismeChapitre 4 sur 62 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Il faut bien alors le reconnaître. Le terme «classique » a encore une autre signification que celles dont parle M. Charles Morice. Il éveille aujourd'hui, historiquement, une idée bien spéciale. Et l'on voit l'accueil qui lui est fait.

Disons-le franchement. Toute l'équivoque ne provient pas seulement de la confusion relevée entre « classique » et « pseudo-classique » . Une autre chose la crée, une raison bien plus grave, bien plus menaçante que la possibilité de cette confusion. Si même certains mettent celle-ci en avant, c'est à dessein. Par elle, ils masquent la véritable raison de ne pas adhérer à l'idéal proposé, et qu'ils ne veulent pas avouer, sans doute parce qu'elle est, surtout, d'un autre ordre que littéraire. Non, personne ne se trompait entre le sens vrai et le faux; il n'y avait pas lieu de craindre qu'on entendît celui-ci à la place de celui-là. Ne se fût-il agi que de choisir entre eux, en toute sécurité, sans avoir à s'occuper d'antécédents ou de conséquences, que le choix n'était pas douteux. En repoussant le mauvais sens, on eut fait tout de suite la clarté. L'unanimité eut été formelle et nous posséderions aujourd'hui la nouvelle formule littéraire dans son expression totale. Mais une crainte retenait les meilleurs esprits, trop bien fondée, et qu'il est nécessaire d'élucider.

Cependant quelques-uns adhéraient au Classicisme. Voyons leurs raisons.

Loin d'en nier la renaissance, en voici qui affirment

que jamais la noble tradition ne s'effaça des esprits de notre race. M. Mézières parle pour eux. Mais il est académicien et les autres, membres de l'Institut, professeurs de l'université. Nous comprenons et nous les plaignons de n'avoir jamais su qu'il excitait un Verlaine, un Laforgue, un Mallarmé, d'ignorer que continuent leur œuvre puissante et belle, un Verhaeren, un Claudel. Chargés d'enseigner l'art officiel, ils ne conçoivent pas qu'en puisse exister un autre. Laissonsles à leur ignorance sorbonnique et passons.

Mais ceux-ci, qui connaissent pourtant davantage, prétendent que le classicisme n'est pas lui-même une forme propre de la pensée, et qu'on peut en retrouver les éléments dans le Romantisme, le Pamassisme, le Naturalisme. Ainsi parle M. Edmond Haraucourt : « ...l'esprit classique n'est pas mort avec le grand siècle... Racine n'est pas plus classique que Vigny ; Anatole France et Jules Lemaître sont classiques au même degré ». Puis, M. HeDri Chantavoine: « Du xvie siècle à aujourd'hui, c'est-à-dire de l'Humanisme des Italiens au roman russe, que de modes, d'influences se sont succédé chez nous sans altérer, sans dénaturer notre génie propre. On retrouve Rabelais dans Balzac ou dans Maupassant, Ronsard et Joachim du Bellay dans M. Henri de Régnier. La lignée de nos moralistes n'a guère varié de Montaigne jusqu'à nous. Et ainsi du reste. »

Serait-ce alors qu'on ne voudrait pas admettre le Symbolisme dans l'histoire de la littérature ?

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