DEUXIÈME PARTIE
ces. Ils appliquent à l'infini le peu de notions pratiques qu'ils ont acquises par l'expérience immédiate. Alors se forment les religions, les théosophies, systèmes scientifiques erronés, interprétations imparfaites de la nature. Et ces faux principes, pendant longtemps, les maintiendront dans leur ignorance primitive et créeront des institutions mauvaises.
Point de société viable, ou heureuse, sans droit, sans justice. Il eut fallu que dès l'origine la constitution sociale fût parfaite, c'est-à-dire procurât le bonheur à chacun, sans sacrifier personne. Mais l'idéologie rudimentaire des premiers hommes ne pouvait s'élever aux conceptions que nous n'atteignons pas encore. En eux, avant l'idée, par la poussée du sang, des passions, des appétits, dominait la force.
C'est la force qui agrège la société. Un conquérant s'impose. Un groupe se forme autour de lui. Il l'asservit bientôt. Puis guerre entre les groupes. Le plus puissant agit en maître. Son chef devient roi. Méthode de formation du monde actuel, sans grande modification depuis les origiues. Les profiteurs, ayant accaparé les richesses, surent bien ensuite, par une scolastique habile doublée de moyens coercitifs, se confirmer dans leurs prérogatives. Les lois qu'ils prescrivirent les justifiaient, légitimaient une telle société. Ils devaient être, ceux-là, contre le changement, contre l'Esprit.
Contre l'Esprit, car celui-ci, opprimé au fond de l'homme, ne reconnaissait rien de soi et de ses commandements, rien de la vérité ni de la nature, dans le
monde ainsi organisé. Il entreprenait alors la conquête de lui-même et des choses. La souffrance, la haine du trop dur servage, lui servaient d'aiguillon. Il se fondait aussi sur l'obscure conscience de cette certitude que primitivement, naturellement, d'homme à homme, pas de diflérence, dans le droit à la vie ; et qu'en chacun existe le même mérite originel pour le bonheur. C'était la rébellion. Guerre admirable et sacrée.
Chaque société en fut agitée. Nous disons bien chaque société, car la terre en connut plusieurs. L'humanité ne la couvrit pas en effet, tout de suite, tout entière. L'occupation du sol se faisait progressivement au fur et à mesure que s'accroissait l'espèce victorieuse, d'abord infime. Durant ce temps, et dans détroits espaces, s'édifiaient des empires successifs, instables surtout, parce que l'humanité n'avait pas encore réalisé son équilibre géographique. Les civilisations étaient prématurées. L'immense barbarie qui les entourait encore, les hordes qui, dans le même temps, conquéraient l'espace, devaient les anéantir, lorsque s'effectuerait le contact. Ainsi de la Grèce et de Rome.
Pendant que les peuples méditerranéens, vite fixés par la faveur du climat, par la richesse de la contrée, entraient dans le stade social, se civilisaient, conquéraient l'Esprit, un autre rameau humain, venu lui aussi d'Asie, suivait le chemin du nord de l'Europe, au-delà du Danube, des Karpalhes et des Alpes. Il se multipliait, se gonflait dans les sombres forêts de la Germanie. Obligés à la lutte contre les élément*,