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DEUXIÈME PARTIE

N'oublions pas aussi que, dans le même moment, se déclare la Réforme et qu'en Allemagne, surtout, naît une morale nouvelle. Contre la dépravation de l'Eglise, cette morale appelle à la vertu — à la vertu naturelle, pourrait-on dire. Le génie de la littérature ou, ce qui revient au même, le besoin de vérité est si fort dans l'esprit de ceux qui tiennent plume que la beauté de la vie rapportée d'Italie, le sens tout nouveau et si vif de l'art, n'empêchent pas certains, et non des moindres, de se ranger du côté des Réformateurs. Des poètes même adoptent la doctrine du farouche et dogmatique Calvin : Clément Marot, Marguerite de Navarre, Despériers, Agrippa d'Aubigné. En général, par cette cause qui, pour ou contre, passionne tout le monde, le sérieux l'emporte sur la légèreté italienne, devenue un instant à la mode. Une littérature militante se crée. Lesméthodesd'examenetde discussion qu'elle entraine préparent la voie au rationalisme.

Cependant le retour à l'antiquité subissait, lui aussi, la volonté propre de la littérature. Entre les Grecs et les Latins, la préférence allaita ces derniers parce qu'ils exprimaient une civilisation plus précise et donnaient de l'homme une image plus haute, plus virile. Le civis romanus, rigide pour soi, roide dans le devoir, soucieux de l'honneur, créateur du droit, prêt au sacrifice pour la cité, l'emportait sur le citoyen d'Athènes, intelligent certes, mais préférant la parole à l'action, se satisfaisant de discours, et, tel l'astucieux Ulysse, ne repu-

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gnant pas aux fourberies et aux expédients. Moins de noblesse dans l'âme, moins de vouloir être grand.

Devant ce civis romanus dont la littérature forme, pour une large part, son idéal, on est bien obligé d'apercevoir qu'il n'est pas seulement une œuvre ingénue de la nature et qu'il ajoute à celle-ci. Son histoire le montre conquérant de l'univers. L'impérialisme qu'il réalisa satisfait à la conception philosophique de l'homme. La célèbre traduction que donne Amyot des Vies de Plutarque, remporte tant de succès, parce qu'elle corrobore l'idée de surhumanisation, en montrant ceux qui étaient des Romains chez les Grecs.

Ainsi le sens moral de la Réforme triomphait de la Renaissance rien qu'esthétique, faisait delà perfection une qualité psychologique de l'homme, encourageait au développement de l'âme. Et l'on se tournait bientôt vers la science. Les mathématiciens, les physiciens, devenaient les grands-mailres du savoir.

Il faut bien voir, en outre, que nos écrivains demandent plus leur inspiration à l'antiquité qu'ils n'en imitent les œuvres. Ronsard, du Bellay, nous en avertissent et en donnent le conseil aux autres (1). Eux-

(1) « Je supplie humblement ceux auxquels les Muses ont inspiré leurs faveurs de n'être plus Latineurs ni Grécaniseurs comme ils sont plus par ostentation que par devoir, et prendre pitié, comme bons enfants, de leur pauvre mère naturelle. » Ronsard.

« Je ne me suis beaucoup travaillé en mes écriptz de ressembler autre que moy mesme. » Du Bellay.

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