‹ L'équivoque du classicismeChapitre 35 sur 62 · DEUXIÈME PARTIE 7o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE 7o

pas ? Sa plus grande faculté, l'esprit critique, est suspendue en eux.

En ce moment, nous devons aussi le reconnaître, la vérité est dans la royauté et les apparences justifient la grande valeur qu'on croit à celle-ci. On assiste en effet à un mouvement d'organisation sociale qui n'est pas sans mérite, sans produire quelques bien faits. Le pouvoir absolu, centralise, forme l'unité de la nation. Les seigneurs vaincus, leurs appareils de gouvernement étaient restés féodaux et divers dans les provinces. La France se composait encore après leur défaite, c'est-à-dire après leur installation à la cour, de petits royaumes. Pour assurer sa toute-puissance — manœuvre de force, d'égoïsme — le roi établit l'uniformité dans la justice, dans l'administration financière et civile. Ainsi sa parole, son geste seront également compris partout et obéis. Sa volonté sera exécutée telle qu'il le désire. Cette unification crée de Tordre — et on s'en félicite comme d'un bienfait.

On ne voit pas, on ne peut pas voir alors que la royauté ne fait que réaliser une autre forme de la féodalité. On n'aperçoit pas que le principe de la société n'est modifié en rien, et qu'au lieu d'une libération des sujets, c'est un emprisonnement plus rigoureux et plus étroit qui s'organise. En prenant de l'ampleur, en s'imposant avec précision, l'appareil royal devient plus impérieux. Le despotisme naît et l'arbitraire, qui sont les plus grands vices dont puisse souffrir une société. La force, dans la main d'un seul,

consomme son plus odieux forfait. Celui qui a réuni toutes les coercitions de peu d'étendue dont disposaient séparément les seigneurs de jadis, s'en fait une puissance formidable contre laquelle la révolte ne sera pas possible, à moins qu'elle vienne du peuple tout entier et d'un seul coup. Et un roi guillotiné, le régime durera encore longtemps après lui.

On ne voit pas que c'est une féodalité européenne qui s'établit, les nations formant les provinces, et que le même antagonisme qui jetait celles-ci, continuellement, les unes conlre les autres, provoquera des guerres incessantes entre les empires. Le mécontentement du souverain, sur uoe question personnelle, obligera parfois toute la France aux combats avec l'étranger. Bretons, Gascons, Pyrénéens seront obligés d'accourir aux frontières de Flandre, d'Allemagne ou d'Italie et de s'y faire tuer. Le risque en est latent, la chose inévitable.

On ne voit pas qu'il ne se produit aucune amélioration dans la condition du paysan, du petit commerçant, de l'artisan, du modeste bourgeois lorsque la monarchie devient absolue. Si, dira-t-on, voyez l'histoire : des fortunes s'édifient, la haute bourgeoisie commence à conquérir les places — Cela, nous le voyons bien aujourd'hui, c'est l'origine de notre régime capitaliste où règne l'argent. Mais celui-ci ne respecte pas davantage les droits humains, n'assure pas davantage la paix à la société que la royauté. 11 n'intervient donc pas en libérateur. En favorisant la

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