DEUXIÈME PARTIE
La règle des trois unités s'imposera à la tragédie pour la douer de vraisemblance, pour rendre le théâtre plus conforme à la vie, afin que, par cette idenlité, il agisse plus profondément sur les esprits. Tous les genres dont se sert de préférence la littérature, sont les plus propres soit à insinuer la vérité, en l'enveloppant de grâce, de délicatesse : ainsi les fables; soit à la communiquer sous des formes saisissantes et rapides : ainsi la satire et les maximes. Et les autres genres avouent sans détour le même but.
Vraisemblance, vraisemblance, crie-t-on à tous, comme au théâtre. Que l'imagination ne l'emporte pas sur l'intelligence méthodique ! Et la vraisemblance est la vérité dans sa forme générale, universelle, tandis que la vérité des réalistes, qui viendront deux siècles plus tard, reste particulière à la vision de celui qui regarde. Dans la vraisemblance, chacun et tous se retrouvent.
C'est alors que s'épanouit l'art classique.
Alors se réalise une perfection. Mais c'est une perfection toute formulaire de la littérature. Celle-ci achève à ce moment de se constituer en art. en technique complète. Elle s'organise définitivement, spécifiquement, elle acquiert toutes ses virtualités, elle prend conscience de toutes ses ressources. Elle découvre, pour toujours, les secrets de la parfaite fonction d'écrire — d'écrire le livre nécessaire qui s'adresse à tous. N'est-ce point cette qualité qui lui fait donner son nom en l'introduisant dans les classes pour l'édu-
cation des jeunes esprils et la formation de ceux qui devront un jour continuer l'œuvre du génie ?
Remarquons, en effet, que la valeur de l'art classique réside seulement dans la beauté des livres, des tableaux, des statues, des palais, des jardins qui naissent au xvne siècle. Cette beauté est surtout un ordonnancement et elle ne se répand pas, sous une autre forme, au dehors. Elle n'a rien engendré dans le mouvement social. Epanouissement, non action. Cet art qui prêchait les bonnes mœurs, qui prônait la raison et vantait l'héroïsme, n'a point empêché la royauté de commencer à déchoir pendant même qu'il régnait. Il n'a eu aucune portée sur les événements. Aucun ciractère n'a été, dans le vif, formé parlui.il n'a supprimé ni affaibli aucun des vices de l'époque. Nous lui demanderons ses mélhodes, mais non une pensée, car il n'en nourrissait point.
Cependant, telle quelle, son œuvre était indispensable et nous devons lui être reconnaissants de l'avoir accomplie.
Pour que la littérature agît sûrement et délicatement sur les hommes dont le mécanisme est si compliqué, pour qu'elle fit mouvoir en eux, sans erreur et dans la mesure exacte, les ressorts de la pensée et du sentiment qui déterminent l'action, il était nécessaire qu'elle en connût l'être psychologique dans ses profondeurs totales, et qu'elle déterminât, d'une façon précise, l'effet des mots et des idées. 11 fallait bien qu'elle sût la portée des raisonnements et le pouvoir