PREMIÈRE PARTIE
Mais non, car M. Ch. M. Couyba s'écrie: « On a beaucoup parlé du romantisme des classiques. Il serait plus intéressant de dégager le Classicisme des romantiques et des symbolistes. » Et voici derrière lui ceux qui ne craignent pas d'aller jusqu'au bout de l'audace et de l'inconséquence, les mallarméens qui soutiennent qu'ils sont eux, seuls, les purs classiques. M. Eugène Marsan les aperçoit bien aussi: « Il est, dit-il, une sorte de gens, parmi nos écrivains les plus sauvages, qui vont répétant: Les vrais classiques, c'est nous! » (i). Ne se souvient-on pas alors qu'il fut écrit, proclamé par ceux-là mêmes, que du Symbolisme datait la poésie, qu'avant il n'y avait rien, qu'ils formaient l'âge héroïque, qu'aujourd'hui leur appartenait et que l'avenir, les chefs-d'œuvre, procéderaient de l'inspiration symboliste ? (2). Dernière manœuvre de ceux qui, voyant périr leurs œuvres, tentent de se rattacher à la gloire en se donnant le rôle d'initiateurs.
La manœuvre est déjouée et l'enquête de Paris- Journal lui porte le coup de grâce. Qu'importe! Pris à leur propre artifice, ayant tant médi de la règle, de
(1) La Revue critique des Idées et des Livres du 25 octobre 1910 : Conclusion d'une enquête sur le Classicisme.
(2) Voir la Poésie symboliste, entretiens au salon des Indépendants, par P. N. Roinard, V. E. Michelet, Guillaume Apollinaire (l'Edition), et les articles sur ce sujet, parus dans les Marges de Mars 1909 (Eugène Montfort) et la Critique Indépendante du 28 octobre et du 4 novembre 1909.
la discipline, des maîtres du passé, qu'ils ne peuvent plus aujourd'hui se déjuger — leur réalité étant faite de cette contradiction — il faut bien que les derniers symbolistes aillent jusqu'au bout de l'imposture. M. Jean Royère répondait donc naguère a une autre consultation ouverte par M. Lucien Maury dans la Revue Bleue (1). « Le Symbolisme a inauguré une nouvelle synthèse qui est loin d'avoir épanoui toutes ses puissances. Sa période d'individuation commence à peine... Nous vivons dans un milieu esthétique nouveau... Nous prétendons organiser notre temps. C'est par là, si l'on veut, que nous sommes des Classiques, car nous voyons dans l'art classique, la concience que chaque époque a prise de sa physionomie esthétique et la poursuite rationnelle de l'ordre constructeur ». Et du même encore, ceci, tiré d'ailleurs, pour bien montrer la constance, la volonté de sa pensée « Et même, à un certain point, le Symbolisme est un retour à la tradition classique » (2).
Que la littérature française n'a point abandonné la tradition purement classique ; que le Romantisme, le Parnassisme et le Naturalisme renferment les éléments du Classicisme, ce ne sont point là des opinions clairvoyantes. Et celle-ci : que le Symbolisme mène naturellement au Classicisme, n'est point sincère.
(1) Numéro du 7 août 1909.
(2) Uu manifeste symboliste. Grande Revue du 25 août 1909.