‹ L'équivoque du classicismeChapitre 40 sur 62 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

des hommes, et, n'ayant plus à servir ou ménageries intérêts de leurs anciens patrons, font de celle-là le thème de leurs méditations. Quelles gloires célébrerait on ?

Des bourgeois parvenus attirent maintenant les hommes de lettres. Des femmes de cette classe tiennent des salons célèbres. Là encore la plume s'alimente de raisons et de griefs, de haines parfois, contre l'ordre social actuel. Les riches roturiers, malgré leur fortune, ne sont ils pas méprisés et écartés des places par les nobles plus insolents que jamais ?

Mais la littérature n'avait pas besoin de s'allier avec la bourgeoisie pour devenir sociale. Son génie l'y conduisait. Maintenant libre, elle devait d'ellemême s'épanouir dans sa forme naturelle et devenir action.

Il n'y a pas alors, comme certains ont voulu le voir, rupture avec le Classicisme du siècle précédent. Cette forme fixe de l'esprit classique, écrit Taine, « c'est elle qui, appliquée à l'acquis scientifique du temps, a produit la philosophie du siècle et les doctrines de la Révolution (1) », et encore : « Bien loin de finir avec l'ancien régime, elle est le moule d'où sortent tous les discours, tous les écrits, jusqu'aux phrases et au vocabulaire delà Révolution (1) ».

Qu'on abandonne la tradition antique; que les Modernes l'emportent définitivement sur les Anciens

(1) Les Origines de la France contemporaine.

et que la notion de progrès se manifeste au cours de la fameuse querelle entre ceux-ci et ceux-là ; que les idée,s étrangères, et particulièrement les idées de l'utilitarisme anglais, trouvent place dans le nouvel esprit, il n'y a rien en tout cela qui soit incompatible avec le Classicisme. Nous l'avons dit : celui-ci n'est qu'un instrument, non une pensée. 11 exprimera admirablement la vérité de la société, comme il a exprimé celle de l'homme en soi. Et la vérité sociale, touchant les hommes à vif, les agira plus fortement.

11 fallait bien que la littérature, restée en quelque sorte toute formulaire, s'emplit enfin de notions vivantes, d'éléments actifs. Sinon, à quelle détresse ne serait-elle pas tombée. On ne pouvait recommencer un instrument qui existait déjà, et tel qu'il n'admettait plus aucun perfectionnement. Y travaillant encore, le revisant, c'eût été le détériorer.

Aussi s'en sert-on, et avec succès, tel qu'on l'a reçu. On n'est préoccupé, au xvme siècle, que de la vie et des conditions où se trouve celle-ci. Le mal existe partout : la société est mauvaise, le peuple souffre, la justice et le droit naturels sont violés par l'institution sociale, les richesses vont à ceux qui ne les produisent pas, les mœurs pervertissent les hommes : on aspire à changer tout cela. On veut le bien, on veut l'égalité, on veut l'amour : la fraternité. Il n'y a pas d'esprit instruit qui ne songe à cela. Il n'y a pas de plume qui connaisse plus haute raison d'écrire que le souci de l'intérêt public. Plus de frivolités. Qu'on se

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