‹ L'équivoque du classicismeChapitre 46 sur 62 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ne pouvait être soupçonné d'hérésie, puisque ne touchant par aucun point à la religion, l'Eglise le laissait se former à son aise. C'était bien un finalisme positif, une appropriation des moyens à une fin terrestre, à quoi s'efforçait la littérature. L'Esprit laissé à son exercice normal allait directement à sa fonction parfaite. L'art du grand siècle s'est en effet dépouillé des ornements précieux, des fioritures, du maniérisme qui étaient venus d'Italie en même temps que la révélation de l'antiquité. Définitivement sérieux, répudiant l'amusement de lui-même et des lecteurs, échappant aux amateurs et convaincu d'avoir à remplir un rôle utile, il se conforme à sa destination. Là aussi, la fonction crée l'organe.

Toutes les qualités que se confère volontairement la littérature d'alors, la sobriété, la clarté, la simplicité, la justesse, la précision, l'aptitude à exprimer des idées, nous les avons montrées amenées par le désir de convaincre. 11 y a dans le choix qu'on en fait et dans la sûreté avec laquelle elles ont été arrêtées un finalisme absolu. Rien d'inutile, aucune surcharge, l'essentiel, l'unité parfaite du sujet : n'y a-t-il pas en cela la décision de vouloir un effet, l'exigence d'atteindre entièrement à un but ?

Rationalisme avant la doctrine. C'est bien le règne de l'Esprit.

On s'en aperçoit mieux, sans doute, quand la méthode du cartésianisme a été enfin promulguée. Elle aide aussi à la suprême formation classique. Elle

entraîne aux démonstrations rigoureuses, aux raisonnements par lesquels on explique les choses. Comme elle l'indique, on ne définit pas par les apparences, mais par le sens des objets et par leurs rapports entre eux et avec le monde. Celui-ci devient ainsi tout en significations, tout en voix qui parlent à l'homme.

L'Art poétique, du prosaïque Boileau, n'est point autre chose que du cartésianisme; le Discours sur la Méthode, transporté dans la poésie. Et le Discours sur le Style, ce dernier et magnifique flamboiement d'une époque qui s'achève, répète le même Discours une suprême fois, face à l'avenir. Car on semblait vouloir s'en détourner déjà...

Disons-nous bien cela : les qualités que nous voyons resplendir dans les œuvres des grands classiques, ils les y ont mises par le travail et la volonté. Elles n'en paraient pas la première conception. Ils les créèrent par une savante composition mathématique, par un « perpétuel souci de la forme et du style ». Et qu'on y regarde : il n'y a pas de sujets infimes parmi les chefs-d'œuvre.

Choix du sujet, voilà certes le premier point de la méthode pratique du Classicisme!.

Nous le savons, un auteur peut fournir vingt raisons de la moindre page qu'il a écrite, même en état de somnambulisme. Il faut cependant, pour un classique, que ces raisons soient d'ordre universel, c'est-àdire qu'elles ne tiennent pas à lui-même, qu'elles n'aient pas d'importance qu'à ses yeux seulement, ou

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