TROISIÈME PARTIE
par lesquelles se comprennent les hommes, s'élève contre le bel et nécessaire art d'écrire. La preuve en fut donnée par ceux qui, continuant les Romantiques, accomplirent le dernier méfait du genre qu'ils servaient : nous avons nommé les Symbolistes. Si la langue du xne siècle était purement intellectuelle, ils firent la leur rien que sensorielle. C'est ainsi qu'ils donnèrent une signification colorée et orchestrale aux voyelles, qu'ils conférèrent aux mots des sens occultes et nouveaux.
On ne pouvait commettre plus d'attentats contre la littérature !
La méthode du Classicisme élevée à dessein contre l'individualisme, ajoute à la personnalité littéraire de l'écrivain, en établissant en lui l'exacte hiérarchie des facultés. Ce n'est pas en vain que les classiques ont été surtout des psychologues. Ayant profondément et sincèrement, mathématiquement presque, étudié l'homme intérieur, ils en ont compris le mécanisme d'une façon qui s'accorde avec la biologie. Descartes en a trouvé la plus essentielle formule par son fameux : Cogito ergo sum. Et parcelle-ci, il faut entendre que la pensée l'emporte en valeur, en humanisme sur les sentiments et les instincts. Elle seule doit régner. Les passions peuvent être fortes; qu'elles ne dépassent jamais cependant une certaine mesure, qu'elles ne nous déterminent en aucun moment! Ce n'est point leur rôle. Elles aveuglent, elles conduisent aux pires excès et ravagent celui-là même qui s'abandonne à
elles. Par elles, il se ravale au niveau de la brute primitive, il redevient l'animal. Le classique entend rester un homme. Au front seul de commander, de décider après étude des circonstances et des possibles partis à prendre. Tout ordre, mûrement composé, doit émaner du cerveau qui restera toujours attentif à la façon dont il est exécuté, et aux résultats qu'il fait naître. Que l'orage gronde au cœur, l'esprit n'en doit point être troublé! Son règne se veut absolu.
C'est bien là l'humanisme qu'on inaugura à l'époque première de la Renaissance — et qui tend à se réaliser philosophiquement et socialement aujourd'hui. Conformation à la nature, mais en introduisant dans celleci la souveraine volonté humaine qui la rend toute favorable à la race, alors que, laissée à ses lois et ses événements, elle y est indifférente. Plus que perfectionnement; finalisation de ce qui n'a pas de but. L'humanité devenant vraiment, par son propre effort et tant qu'elle durera, le centre de l'univers.
La discipline merveilleuse que le Classicisme impose à l'homme : la délibération des motifs, la définition exacte des choses, l'expérimentation des procédés, la recherche des causes, l'examen des effets, la sûreté du jugement, la hiérarchisation des valeurs selon l'ordre naturel, voilà bien les qualités dont se compose la Raison.
Et vraiment, ne serait-il pas urgent de restaurer celle-ci dans la littérature d'où l'a chassée un individualisme insoutenable? L'écrivain chez qui elle