TROISIÈME PARTIE
devrait avoir son sanctuaire ne la porte plus en soi. La passion, les sensations l'ont remplacée, partout où le scepticisme n'a pas fait le vide. A la place du front pur et conscient, régnent le cœur violent et les sens ténébreux. On juge, on goûte, on voit par eux. Ils servent de mesure à l'univers. Ils prétendent en révéler le sens. Aussi, plus de morale ni de vérité! Liés aux forces cosmiques, ils nous entraînent dans leur chaos. Non réfrénée par ceux qui devraient promulguer la loi, l'humanité vit sans règle, se permettant tout, sans s'apercevoir qu'elle attente ainsi à elle-même, qu'elle perd sa dignité et tourne le dos au bonheur. L'abandon du Classicisme est la cause de tout cela. Point de raison : point de littérature. Point de littérature : point de vie dans la vérité.
Le renoncement a été proclamé par la théorie de l'art pour l'art. Et bientôt fut rendu impossible ce genre qui en était le régulateur : la critique; et bientôt fut interdit l'incontestable chef-d'œuvre. Alors s'est consommé le divorce entre l'art et l'humanité. Les artistes qni s'en plaignent sont les seuls coupables. Malgré eux, la loi de l'utilité de la littérature les domine et elle les châtie de ne point se soumettre à elle. Il n'est que temps de revenir à YArt pour la vie.
On le voit, ce n'est pas en des formes exclusivement rhétoriciennes que consiste le Classicisme. Il est bien une méthode féconde, éternellement vraie et
plus que jamais nécessaire à l'écrivain. En lui s'est définitivement et suprêmement constituée la fonction littéraire. Il doit être employé pour tous les sujets, puisque tiré de l'homme même, puisque fondé selon l'esprit.
Seul il permettra aujourd'hui les œuvres que nous demandons, et celles-ci seront différentes de celles que produisit le xvn9 siècle. Nous possédons des vérités qu'ignoraient nos ancêtres. Notre conception de l'homme est plus complète que la leur. Nous croyons en une humanité dont ils n'avaient pas conscience. Ces éléments nouveaux nous gardent de tomber dans l'imitation des œuvres du passé. Ayons confiance. Les nôtres seront neuves et belles. L'instrument avec lequel nous les réaliserons ne les défigurera pas. Il est le seul que nous devions employer pour mettre en valeur les idées que nous apportons au monde. Il donnera la plus éloquente forme à cet humanisme de Justice et de Vérité que l'Humanité attend depuis toujours.
Pour la Littérature
— Résumons, concluons !
Il n'y a pas d'autre méthode que le Classicisme pour la littérature. Les essais symbolistes nous en convainquent. Il faut en revenir à l'instrument qu'on avait dédaigné. Lui seul peut nous sauver. Mais nous ne serons pas pour cela des classiques, nous ne devons pas en être. Cette méthode sert à créer. Nous serons des créateurs. Nous réaliserons l'œuvre de l'esprit, nous accomplirons les actes que nous demande aujourd'hui le génie de la littérature. On n'enseignera pas ces actes aux futures générations ; elles les vivront. Ils seront des faits toujours présents dans la cité, non des préceptes.
L'art du xvne siècle, parce qu'il pousse à sa plus grande perfection l'instrument qui devait par la suite servir à tous, qui était celui-là qui convenait à l'œuvre littéraire, cet art est objet de classes. Délicat et difficile, il nécessite un long apprentissage pour qu'on en use avec maîtrise sans le fausser. C'est pourquoi
il fut « classique ». Supporté par les œuvres et inscrit en elles, il se présentait avec l'exemple qui prouvait son excellence.
Mais ces œuvres, pour nous, valent moins que leur méthode. Leur contenu est sans valeur moderne. Les puissances du gouvernement opprimaient trop la littérature, alors, pour qu'elle fût libre de pensée, pour qu'elle se chargeât de toute la vérité humaine. L'époque était encore trop barbare, trop empirique, pour connaître la véritable science. C'était encore âge d'ignorance et d'erreur. Il s'en fallait d'un siècle et demi pour que s'ouvrît l'ère du libre examen, du criticisme et de l'expérimentation objective. Aussi, nous servant de la méthode, nous savons bien que nous ne serons pas des imitateurs !
On a dû comprendre, d'ailleurs, que cette méthode ne s'est pas formée arbitrairement et qu'elle doit sa valeur à des raisons d'ordre fondamental. Si elle produisit déjà des chefs-d'œuvre dans le genre psychologique, c'est qu'elle correspond exactement à la fonction de la littérature, c'est qu'elle permet à celle-ci de réaliser efficacement son meilleur exercice. C'est qu'elle se fonde à la fois sur la manifestation organique du génie et sur l'entendement que rencontre celuici chez le commun des hommes. C'est qu'elle émane de la nature même de la littérature.
Depuis longtemps, depuis la Renaissance, la littérature qui ne pouvait faire autre chose, nous avons montré pourquoi, se consacrait par le travail de la