TROISIÈME PARTIE
langue et des genres à l'élaboration de l'instrument classique. C'était d'ailleurs son plus pressant devoir. Elle en sentait le besoin en elle-même. L'œuvre prodigieuse d'un Rabelais, par exemple, le don populaire d'un Villon ne pouvaient lui servir de norme. Elle savait ce qu'elle voulai1 : une expression non pas individualiste, mais universelle. Bien des essais ne la satisfaisaient pas et elle se remettait à l'œuvre. Peu à peu, cependant, par l'union de tous les efforts, par l'intermédiaire des essayistes les mieux doués, par l'harmonie des réussites particulières, elle parvenait à créer cette méthode dont elle avait besoin. Aussi, pouvons-nous nous en servir sans crainte. Faite à la mesure humaine, elle nous convient aujourd'hui encore, elle conviendra toujours à ceux qui voudront être des écrivains, de véritables et sincères écrivains.
Dès qu'elle la possède, la littérature nous montre d'ailleurs elle-même l'usage auquel elle la destine, et le nouveau but que dès ce moment elle se propose. Après les Classiques, les Encyclopédistes ! L'enseignement est d'autant plus formel que, par l'abaissement de la Royauté et de l'Eglise, les écrivains jouissent enfin de la liberté. S'ils s'en prennent aussitôt à la constitution de l'Etat, s'ils font œuvre sociale, c'est que vraiment leur destination est bien en ce sens.
Or, aujourd'hui, la littérature, dont l'œuvre est loin de toucher à sa fin, et la crise aiguë de la société, nous mettent devant le même devoir qui s'imposait aux écrivains du xvin* siècle.
Oui, nous devons faire œuvre de pensée utile, de détermination des événements nécessaires — et c'est pourquoi, loin d'être des classiques, nous serons, par notre effort, les contraires de ces soutiens de l'ordre monarchique. Nous connaissons un homme libre, égal à tous, dont la vie s'accomplit dans la société et par elle ; dont la conscience est plus vaste que celle des contemporains du xvii9 siècle ; pour qui ses ancêtres ont agi souverainement; qui n'accepte plus aucun despotisme, qui ne croit plus aux dogmes religieux ; qui ne consent à des obligations que pour obtenir des droits; qui aime la vie et qui veut tout son bonheur terrestre. Nous voyons cet homme dans une société qui ne lui convient pas parce qu'elle est restée » ancien régime. » Avec ces éléments et les conséquences de toutes sortes qui en découlent nous ferons des œuvres qui ne seront point des tragédies raciniennes, des Sermons à la Bossuet ni des Caractères à la La Bruyère.
L'honnête homme du xvne siècle ne nous représente point. Il est insuffisant. Il lui manque le civisme et bien d'autres qualités encore. Ne faut-il pas qu'à sa place, nous donnions maintenant notre portrait, nous tracions notre type?
Nous sommes maintenant entraînés dans un dynamisme rapide, tandis que la monarchie absolue constituait un état foncièrement statique. Le monde marche par l'effort de tous les hommes. Que les meilleurs le dirigent ! Nous nous imprégnons de finalisme,