TROISIÈME PARTIE
nous avons besoin de tendre à un but; les vieilles idées de famille, d'autorité, de richesse, de patrie se transforment. Le règne de la Raison se dessine. L'humanisme saisit la terre. Le devoir d'agir, de contribuer aux transformations de ce monde domine toutes les activités, la littérature plus que les autres. Celle-ci sent en effet sa responsabilité grande, d'être le Verbe par lequel s'énonce l'Esprit. Qu'elle se taise, ou plutôt, qu'elle s'emploie aux divertissements des snobs, à la satisfaction des amateurs de trouvailles rares, et les Forces continueront de régir la société. Le triomphe de l'Esprit se trouvera reculé et peut-être compromis.
Etre des classiques ! Non vraiment, nous ne comprenons pas ! Qu'on cesse de nous proposer cette méthode comme un idéal. Il y a équivoque et ce n'est pas de nous qu'elle vient, mais de ceux qui, malgré l'évidence, donnent à ce terme un sens qu'il ne comporte pas — ou qui ne voient pas à quelles fins se destine d'elle-même la littérature. Qu'on écarte ce dangereux terme de l'horizon, où on a voulu l'inscrire en lettres de feu ! De lui vient l'incertitude présente, l'arrêt du mouvement commencé. Nous voulons un idéal, non des fétiches.
La littérature est toujours contre son époque, pour l'avenir. Ce n'est pas dans les réalités mauvaises qu'elle puise sa flamme, que s'alimente son génie. Elle boit aux coupes de la vérité. Le présent l'enferme alors qu'elle voudrait être libre, étendre ses ailes*
Elle ne pense à lui que pour le heurter du front, pour l'abattre. Elle ne le connaît que pour mieux l'attaquer. Les contingences dans lesquelles elle est bien obligée de se couler, elle ne les vivifie pas, elle les épuise et les rejette.
Qu'on nous laisse à nous-mêmes, c'est à-dire à la littérature ! Croit-on que nous ne saurons pas faire œuvre ? Nous prend-on pour d'éternels écoliers ? Est-ce que nous ne deviendons jamais des hommes ? Nous sommes maintenant dans la vie, nous plongeons dans la toute-humanité. Nous avons passé par l'école, certes, pour ne pas rester des barbares. Mais riches de ce qu'elle nous a appris et que nous avions besoin de savoir, nous voici dans l'action, face au destin, et nous voulons vivre, nous voulons faire notre devoir de citoyens du monde.
Par leur position, les classiques ont écrit pour les écoliers que sont les jeunes hommes. Tâche admirable, dont nous ne leur serons jamais assez reconnaissants. Mais leur merveilleuse réussite ne doit pas nous hypnotiser et nous faire tomber les bras de découragement en poussant ce cri désespéré « Tout est fini 1 »
Non, il n'y a rien à perfectionner dans leur méthode, on n'en trouvera pas une plus vraie. Mais d'elle-même, cette méthode nous oblige à nous servir d'elle, à la mettre en œuvre pour l'objet en vue duquel elle a été créée, pour la destination dont ses auteurs ne pouvaient pas ne pas avoir obscurément conscience. Ne croyaient-ils pas tous les Classiques à l'utilité de