‹ L'équivoque du classicismeChapitre 53 sur 62 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

l'art? Un La Bruyère ne s'écriait-il pas, « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction ». Et plus tard Voltaire, qui porta fougueusement le Classicisme dans l'action affirmait avec plus d'ampleur : « On trouvera dans presque tous mes écrits cette humanité qui doit être le premier caractère d'un être pensant; on y verra... le désir du bonheur des hommes... l'horreur de l'injustice et de l'oppression... » (1)

Et puisque leurs œuvres ne nous suffisent pas, aujourd'hui, puisque les conditions de la littérature ne sont plus celles qu'ils connaissaient, les Classiques ne seraient-ils pas les plus empressés à nous dire : « Aimez les hommes ! que vos paroles animent leurs esprits de la plus grande vérité, obligez-les à l'action sociale bienfaisante ! » Et avec leur méthode, euxmêmes nous donneraient d'autres chefs-d'œuvre — qui ne seraient point de sens classique.

Mais ils ont continué d'écrire et ils nous ont donné ces chefs-d'œuvre. Ils ont continué d'écrire, car le génie littéraire ne s'est point tari à la mort du grand siècle, car d'autres Corneille, d'autres Racine, d'autres Bossuet, d'autres Descartes sont nés.

Ah ! certes, nous entendons l'objection scandalisée ! — « Quoi vous osez comparer Moïse, Eloa, Chatterton, Jocelyn, La Légende des Siècles, les Misérables, Madame Bovary, les Poèmes Antiques, Germinal, à Phèdre, aux Caractères, aux Pensées, à Polyeucte? »

(1) Alzire, Discours préliminaire.

Oui, nous osons comparer ces œuvres modernes à celles du grand siècle, et nous savons bien quoi répondre à ceux qui les condamnent.

Ils les repoussent au nom du Classicisme qui n'est qu'une forme et non point la vie. Oui c'est bien cela. Les œuvres modernes sont de la vie ; l'élément social les remplit. Elles ont de profonds rapports avec les événements historiques dont le point de départ est 89 et auxquels a participé toute la nation. Elles palpitent de la circulation vitale de la race. Uneàme totalement humaine se reflète en eux. Alors, qu'on ne les juge pas avec le Classicisme qui n'enseigne de lui-même aucune vérité. Si certaines manifestations du Romantisme et du Naturalisme ont dépassé le cadre classique, ne se sont pas soumises à ses règles, il ne faut pas en conclure à la malfaisance de ces deux grands œuvres littéraires. On voudra bien croire aussi que ce ne sont pas leurs excès que nous admirons en eux.

Non, nous ne condamnons pas, nous, tout entiers le Romantisme et le Naturalisme. Ils ont montré des défauts, des partis-pris; mais ils ont fait, en réalité, œuvre utile, nécessaire, et nous aimons mieux les admirer pour leurs bienfaits et pour leurs beautés que les haïr pour leurs fautes et leurs erreurs.

Le Romantisme, à cause des conditions spéciales dans lesquelles il se développe subit plus les événements qu'il les domine. Il ne crée pas un état d'esprit, il le reçoit. Des sentiments collectifs s'épanchent en lui. L'Europe vient d'être bouleversée par la Révolu-

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