TROISIÈME PARTIE
tion. Puis la réaction s'est produite. Un Guerrier absolu, sombre génie du mal, a soumis le vieux continent au destin des armes. Ces deux crises contraires n'ont point passé sans laisser de traces dans les âmes. Le conquérant tombé, un soupir de soulagement s'échappe des poitrines oppressées. Enfin, on est libre. On va pouvoir vivre pour soi. La royauté ancienne est bien revenue, mais combien diminuée, déchue . il lui faut la Charte pour passeport, à la frontière. Elle ne rentre qu'avec le consentement du peuple, en quelque sorte, et celui-ci sait qu'il dispose toujours de la même puissance pour la renverser quand il lui plaira. Et puis, il jouit de libertés qu'il ne possédait pas avant 1789. Liberté morale, liberté intellectuelle surtout — car la vie matérielle n'a guère changé. Les esprits et les cœurs sont émancipés. Il semble qu'une contrainte obscure qui les empêchait de penser et d'aimer, jadis, se soit dissipée et que rien ne puisse plus les empêcher de s'appartenir. Le présent est à eux. Ils sont parvenus à la grande identité d'euxmêmes. Ils plongent dans la lumière et la certitude. Voilà ce qui détermine le Romantisme.
Le microbe peut nous venir d'Allemagne, la maladie est européenne.
Dans la littérature, c'est l'être entier qui s'épanouit librement. Ce n'est plus la découverte de la vie, c'en est la jouissance.
Sans doute, y a-t-il exubérance, tant d'exubérance qu'on verse en plein immoralisme. Enivrement des
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grandes victoires. D'ailleurs, il ne faut pas craindre de le dire, cet être qui s'épanouit, n'est pas partait. C'est l'homme originel, l'homme dénaturé qu'a produit une société d'égoïsme et de struggle for life. La civilisation, vraiment, n'existe point. La parole du Christ n'a jamais été pratiquée même par son Eglise. Les idées vraies, les procédés de culture, les principes de morale sont restés dans les livres. Ceux qui les connaissent, même ceux qui y croient ne les introduisent pas dans leur propre vie. Ils en seraient défavorisés. La concurrence générale qui agit du haut en bas de l'échelle sociale en ferait vite des vaincus. Puisqu'ils voulaient vivre, il leur fallait bien se comporter comme tous leurs semblables, se soumettre eux aussi au régime de la force et de l'argent — régime du monde réel. Alors, vraiment, il n'y a pas eu civilisation des êtres. Les puissances d'amour et de bien, naturellement incluses en la créature, se sont détruites par l'inactivité. L'intelligence a été vaincue par les instincts et les passions. L'orgueil emporte les têtes. Chacun se rêve premier au-dessus de tous. On songe à soi sans s'inquiéter des autres. C'est ce barbare qui est l'homme du Romantisme.
Oui, Werther, René, Chatterton I nous savons bien. Mais ils succombent. Et que représentent-ils, sinon l'émoi de certaines âmes délicates devant le débordement universel des intérêts et des appétits. Mais, autour de ces figures qui nous attirent — sans grande