TROISIÈME PARTIE
sympathie cependant, à cause de leur faiblesse veule — quel pandémonium de cyniques personnages !
Il est bien vrai qu'on trouve toutes les opinions, tous les sentiments, toutes les idées dans le Romantisme. Nous le voyons royaliste, bonapartiste, républicain, socialiste ; il croit à dieu et au diable ; il est athée et religieux ; spirilualiste et panthéiste ; larmoyant et féroce ; humanitaire et guerrier ; artiste et sans goût. Cela prouve, certes, qu'il n'est point une doctrine, mais un état d'âme dans lequel se trouvent entraînés tous les hommes de l'époque, quels que soient leur condition, leurs principes ou leur tempérament.
Cette confusion s'éclaircit cependant pour ceux qui la regardent de près. Qu'on écarte du Romantisme ceux qui l'ont dépravé par leurs excès ; qu'on en suive aussi le courant général, car il évolue dans un sens déterminé : on verra alors qu'il accomplit une œuvre de l'Esprit. Parti de la monarchie, avec les Orientales, Victor Hugo, qui synthétise en soi toute son époque, en arrive au socialisme avec les Châtiments et les Misérables. Ceux-ci sont déjà de l'Art social, du Naturalisme, presque, moins la méthode. L'auteur de la Légende des Siècles n'annonce-t-il pas, grandiloquence à part, le rôle souverain du poète, c'est-à-dire de l'Esprit?
Mais encore, le Romantisme réhabilite l'humanité entière, ce peuple méprisé par les classiques — dont les pseudo-classiques ont accentué, de parti-pris, le
mépris systématique. Il confère la dignité humaine aux roturiers. Ce relèvement, il l'effectue par le commencement. C'est ainsi qu'il s'éprend d'abord du Moyen-Age et met en scène les rustres, les vilains — ce que n'eut jamais osé faire la Tragédie classique. Découverte du monde dans l'histoire. Remise à l'honneur de tous ceux dont on ne se souvenait plus et qui avaient pourtant apporté leur effort à la conquête des libres destins. Le Romantisme découvre aussi les nationalités, les races diverses, avec leur vie propre. Sans doute détruit-il, par cela, l'homme universel dont les classiques ont dressé l'image. Destruction temporaire. D'autres se chargeront plus tard de la nouvelle synthèse qui comprendra les éléments sociaux ignorés par les écrivains du xvne siècle. Leur homme universel sera plus vrai que l'ancien. Elle est donc heureuse cette révélation de l'humanité total» que nous apporte le Romantisme.
Ne devant point se répéter, il en arrive à son temps même, devant les contemporains. Après Notre-Dame de Paris, les Misérables. Mais il faut d'autres procédés que ceux qu'il emploie, car on ne peut traiter la réalité avec l'imagination et la fantaisie qui lui ont servi pour l'évocation du passé. C'est alors que naît le Naturalisme.
Celui-ci se déclarera basé sur la méthode expérimentale. L'Introduction à l'élude de la médecine expérimentale de Claude Bernard la lui fournit toute vivante. Il n'a qu'à l'adapter de la médecine à la litté-