TROISIÈME PARTIE
rature — et Emile Zola expose combien l'opération est simple. Celui-ci peut, avec Flaubert, désavouer le Romantisme. Ils le continuent pourtant tous les deux, dans son sens général. Ils en poursuivent l'œuvre. Ils obéissent, sans le voir peut-être, à l'évolution d'un genre qui sait où il va, et que le génie de la littérature anime impérieusement.
N'est-il pas significatif que les Naturalistes étudient presque exclusivement les couches sociales inférieures, choisissent pour personnages des êtres qui portent en eux des vices, des tares dont les origines ne sont pas seulement individuelles mais tiennent pour beaucoup à l'état de la société ? Croit-on que c'est là dépravation du goût ou encore moyen d'aguicherla curiosité d'un public friand de révélations sensationnelles et d'émotions violentes? Non. Il y a pour eux, obligation supérieure d'élire de tels sujets, parce que ceux-ci sont les caractéristiques de notre monde actuel. Ils en décèlent la vie intime sous son véritable aspect, ils montrent ce que cette société fait de l'homme. Les miséreux, les dévoyés, les anormaux, les vaincus en sont le mal.
L'examen des Naturalistes, s'il est impartial dans ses procédés — et il le fallait bien — avoue une intention. Il veut établir le diagnostic de la société.
Ces écrivains, ces juges de notre époque ne devaient pas la trouver parfaite. Amenés à l'étudier plus profondément, plus scientifiquement que les Encyclopédistes, — trop psychologiques encore, — et pour qui
l'économie politique ne pouvait tenir lieu de. sociologie, ils sont bien obligés d'en constater l'indignité etla honte. Ils en dévoilent les tares et les plaies.
C'est aussi en faire le procès.
Ne nous insurgeons plus contre le Romantisme. Le Naturalisme qui en est la suite a réparé les maux qu'il avait causés par ses débordements. Grâce à Flaubert, grand styliste et maître de la méthode classique, l'art littéraire était remonté en faveur. Après celui qui travaillait pendant cinq ans à un roman, on ne pouvait plus se fier à la seule imagination, à l'inspiration subite, pour écrire. L'ère de la documentation exacte commençait. Celle-ci exigeait des méthodes, des connaissances spéciales. Par elle, l'écrivain jusqu'alors borné aux «humanités» s'initiait aux sciences physiques et naturelles. Alors l'esprit s'étendait. Pénétré de réalisme social, il se composait peu a peu une nouvelle conscience. 11 approchait de la vie et de la vérité totales.
Une discipline s'imposait, par le fait même de toutes ces études, nécessaires à qui voulait faire une oeuvre.
Contre cette nouvelle culture littéraire, se dressèrent les Symbolistes. La théorie de l'art pour l'art ressuscitait. A la règle, au savoir, ils opposaient le don !
On sait le reste. On connaît les fallacieuses doctrines dont ils tentèrent de justifier leur révolte de barbares. Par eux, se déchaînait le pire Romantisme. Alors que le premier se déclarait seulement contre le