TROISIEME PARTIE
de l'homme — au lieu de l'entr'aide. L'ordre monarchique s'est dévoloppéen ordre capitaliste. La Raison est encore l'ennemie dans la Cité, l'ennemie que combattent de toutes leurs ressources les égoïsmes coalisés. Un peuple immense se trouve encore contraint à servir les intérêts de quelques privilégiés. La faveur continue de l'emporter sur le mérite. Aucune fraternité n'émane des possédants. La bourgeoisie, qui profita de la Révolution, règne avec plus de morgue et de dureté d'âme que la noblesse.
Les critiques ont raison contre l'ordre actuel, contre la République quarantenaire qui n'a pas amélioré la vie. Elles ont raison de dénoncer les mœurs politiques infâmes, de montrer les vices de la démocratie absolue — aussi mauvaise que la royauté absolue — , de nier la valeur du suffrage universel — destructeur de l'autorité véritable, de la suprématie de l'intelligence sur laquelle l'emporte, hélas, le nombre, la . masse non encore éclairée. Le régime de la force continue. Où sont les Républicains? L'étiquette ne suffit pas 11 faut des actes, des réalités. Or, de tous ceux qui s'occupent de la res publica, aucun qui ne travaille [ our soi d'abord, qui ne serve ses intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général. Plus d'idéal. La mystique républicaine est morte, s'écrie Charles Péguy ! Les profiteurs de la République l'ont tuée ! Certes, il y eut de vrais et sincères Républicains — sous l'Empire. Mais la génération qui suivit ceuxlà, trouvant la République tout installée, ne crut pas-
que son devoir était de la réaliser dans les individus. La forme du gouvernement lui suffisait. Elle ne se créa ni foi, ni conscience. Où ne veille pas la vertu, se glisse vile la corruption. Cette génération tomba dans l'ignominie. Les tentations du pouvoir et de la fortune la trouvèrent prête à tout.
Pas de Républicains, pas de République !
Mais la raison qu'ils ont avec eux dans leurs critiques de notre régime, les Néo-Royalistes la perdent lorsqu'ils proposent leurs conclusions. Si la République n'est point ce qu'elle doit être, la faute en remonte à l'ancien régime, qui par une société irrationnelle a dénaturé l'homme. Par l'ordre de la Force, la créature qui ne demandait qu'à devenir selon l'Esprit, a été refoulée dans les instincts et dans les passions, dans l'animalité primitive. La concurrence générale, l'obligation de lutter pour vivre, la loi de l'égoïsme l'ont dépouillée de sa véritable nature humaine. Toute l'espèce a chu ainsi. Et comment elle agit aujourd'hui, pour la République, c'est comment huit siècles de monarchie lui ont imposé de comprendre la vie.
Que vient-on, alors, nous proposer un Roi pour sauver la République 1
Mais ayons confiance. S'il ne triomphe pas encore, l'Esprit veille et hâte son heure. Des Républicains aussi — en petit nombre — osent entreprendre le procès de la Troisième République — et voilà le salut. Ils seront foule demain. En eux se reveille le vieil idéal de 89, de 1830 et de 1848. Ils sont sincères. Ils