TROISIÈME PARTIE
s'engagent tant dans le procès de la République actuelle, qu'ils ne pourront point devenir félons. Croyons en eux.
Déjà la résistance passive opposée parles artistes au Classicisme équivoque, tel que le présentent les Néo- Royalis.es, ne prouve-t elle point que ceux-ci ne gagneront pas leur cause? D'immenses négations s'opposent à leurs desseins. L'art même se refuse à eux. Le renoncement — momentané — des artistes à la chose publique n'implique pas nécessairement qu'ils soient des adversaires de la République.
Et voici que celle-ci retrouve des défenseurs ! Des paroles ont retenti qui rappellent à l'action ceux qui, s'y étant accordés une fois déjà, s'en étaient retirés, ces intellectuels de l'Affaire que les politiciens avaient dégoûtés de l'agora.
Le feu se garde sous la cendre aux Cahiers de la quinzaine. Ce n'est pas en objet de curiosité que Charles Péguy exhume les Mémoires d'une famille de Républicains fouriérisles : les Millet. Ne renoncent pas à l'espoir, à la lutte, ceux qui veulent se retremper aux sources de l'idée et de l'action. Publierait-on ces Mémoires et ce noble livre : Notre Jeunesse, si on en savait d'avance l'inutilité, si ce ne devait être là qu'un beau geste ? Dans la boutique de la rue de la Sorbonne, se réunit un groupe d'hommes qu'anime evec la sincérité et ia foi, le génie de la littérature. Nous avons nommé, avec Charles Péguy, ses collaborateurs Daniel Halévy, Michel Arnauld, Jean Variot, Romain Rolland.
Ce ne sont pas des œuvres d'hermétisme qu'ils méditent ceux-là, qu'ils écrivent, qu'ilslivrentà leur époque. Ecoutez-les : ils parlent à un public qu'on dirait immense autour d'eux. Leur position est bien celle de véritables écrivains.
Mais un autre groupe ose plus encore. Nous avons désigné ceux qui, sous la direction de Paul Hyacinthe Loyson, collaborent au Journal « Les Droits de V Homme ». Ce titre dit leur doctrine, lisse sont résolument jetés dans la bataille. Ils sont â l'action. Ils élargissent sans cesse le cercle de leurs auditeurs. Par l'idée génératrice, ils recréent la République, une République nouvelle, celle des désirs et des rêves. Le journal en cela va plus vite que le livre. Avec la même ardeur que leur directeur militent Albert Livet, Maurice Level, Albert Bayet, Etienne Buisson, Pierre Quillard, Henri Guernut, Emile Chaufour, Louis Ripault, Léon Bazalgette, Marius et Ary Leblond, Sageret, Charles et Emmanuel Bourcier, et bien d'autres encore.
« Nous sommes las d'entendre répéter que la République fut belle sous l'Empire, déclarent-ils : nous la voulons belle sous la République ». Et Paul-Hyacinthe Loyson d'énoncer. — « Or, notre tradition à nous, c'est la Révolution française qui n'a pas encore abouti, parce que la réforme morale n'a même pas été entreprise. Nous ajouterons donc à cet héritage séculaire l'apport moral et social de l'Evolution postérieure et de la Revendication de demain. Mais nous nous tien-