PREMIÈRE PARTIE
geons à leur exacte valeur les œuvres informes, extravagantes, incompréhensibles, sorties des tempéraments ingénus ; les pitoyables ébauches, qu'on nous donnait pour d'authentiques chefs-d'œuvre, parce qu'elles étaient le fruit du dédain de la science et de la réflexion, du mépris de la patience et de la discipline. Nous ne voulons plus ce gaspillage des talents, ce dévergondage de la pensée et du sentiment, cette révolte barbare ou enfantine contre la belle tradition, contre les formes naturelles et éternelles de l'art !
Mais qui ne voit pourtant que ces raisons sont surtout de circonstances, qu'elles n'ont tant de valeur aujourd'hui qu'en opposition au désordre, à l'anarchie qui sont le régime littéraire depuis plus de vingt ans ? Qui ne voit que par elles-mêmes elles ne signifient rien d'affirmatif, qu'elles ne constituent pas des notions positives, des certitudes spirituelles ?
Ordre, clarté, mesure, réclame-t-on. Mais dans quelles choses? A quoi appliquer ces qualités et quelle foi, quelles vérités nous donnent-elles ? Peuvent-elles servir à nous définir nous-mêmes et à expliquer le monde? Est-ce exprimer la réalité d'un homme que d'en tracer ainsi le portrait : « Il voit juste et clair, il a l'esprit fin et délié, il aime la simplicité et l'harmonie, les phrases qu'il emploie sont précises et élégantes ; où les autres peinent, il se joue en souriant ; il est français. »
Ce ne sont là qu'apparences, conditions, dimensions, manière d'être d'une chose mais non cette
chose elle-même. Quelle est la pensée de cet homme? A-t-il des dieux? Que sait-il de lui et de l'univers, de la mort et de la vie ? A quoi consacre-t-il ses jours ? Est-il heureux ? Se croit-il seul, se sait-il dans une société et chargé de devoirs envers ses semblables?
Les raisons qu'on nous a données, du retour au classicisme, ne fournissent pas de réponses à ces questions fondamentales. Celles-ci doivent pourtant — avec d'autres — se trouver résolues par la nouvelle doctrine littéraire que nous attendons.
Ne voit-on pas alors que si cette insuffisance des motifs n'ajoute pas à l'équivoque du terme classique, elle n'en dissipe aucune obscurité, ni ne le défend d'aucune des accusatious qu'on porte contre lui ?
Voulait-on, en préconisant l'appellation : Renaissance classique, nous faire entendre autre chose que ce seul mouvement de réaction — si légitime qu'il fût? Voulait-on créer ou favoriser une marche en avant, un progrès véritable ? C'était alors une doctrine nouvelle qu'il fallait élaborer pour la littérature ; c'était une signification moderne qu'il fallait tout de suite donner au mot classique. On devait l'allier à des principes sociaux et spirituels conformes à notre temps, à notre pensée actuelle, à nos désirs ; le joindre à une conception fondamentale de l'homme et de la vie — et ce n'était peut-être pas impossible. Sinon, puisque le mot, le fameux mot, a une histoire, puisqu'il exprime un idéal lié à un temps dépassé sur