CHAPITRE II
Réaction militaire oons la Restauration.
Déjà, bien avant la révolution de 1830, on avait pu remarquer des symptômes frappants. Ce don prétendu des libertés constitutionnelles, offert à la nation par Louis XVIII, disparut effacé par la honte de l’escorte qui l’accompagnait. L’invasion étrangère marquait la date de cette Charte, où l’esprit libéral, insatiable par sa nature même, n&dut voir qu’une concession parcimonieuse, arrachée peut-être par la peur de l’esprit nouveau.
On ne transige pas avec les idées absolues; les
L'ÈItt t)B$ CËlAftS.
le
deux branches de la famille de Bourbon en ont fait la triste expérience.
Bientôt le souvenir des victoires impériales, comparé à l’abaissement du pays vaincu, fît naître une élégie générale, qui emprunta toutes les formes, et que répétèrent le théâtre, la peinture et la chanson.
Le Soldat laboureur, fîction fausse et commune, eut la vogue d’une légende, dont les vaudevillistes vécurent, et que le crayon de Gharlet popularisa. Horace Vernet couvrit d’apothéoses variées, de lanciers polonais , de blessés , de bivouacs , Cent toiles qüi firent sa renommée, et rajeuülretit l’épopée du césar déchu. Béranger surtout , lé poète des regrets, qui déplorait si bien la perte des joies d’amour, d’insouciaflce et de jeunesse, leta, dans l’àniè dü pays entier, le sentiment profond de la gloire effacée. Là vieille garde fut pendant Vingt ans une mythologie homérique, dont le Jupiter eut son culte dans tous les hameaux.
l’éris DRS ÇÉSARR.
^]n môme temps, une fièvre de vengeance agitait les cœurs au souvenir des liumifiations polir? tiques, Les complaintes populaires allaieqt répan-, dant le nom funèfire de Waterloo, que les enfants apprenaient à maudire ; le drapeau blanc n’était plus qu’un symbole de défaite, et l’antique flenr de lys qu’un stigmate étranger, Les traités de 18i5 étaient voués à l’exécration publique ; le retour à la frontière du Rhin semblait comme le pieux pèlerinage des futurs et prochains croisés, La compression qu’essayaient la police et la cen-? sure ne donnait d’ailleurs que plus d’énergie h la force expansive de ce sentiment universel, Pans les villes, il fut passager ; toute impression y est peu durable. Lorsqu’une nouvelle dynastie vint s’établir, et que le drapeau tricolore reparut avec son prestige, ce grand bruit du passé s’éteignit. La jeunesse, livrée aux disputes littéraires, usa de sar-r casmes yisrà-vis de ces admirations déjà vieilles, et un niût s’inventa pour les frapper de mort (i).
(1) Le Chauvinisme.
l’ère des césars.
Toutefois, ce sentiment dormait au fond des masses. On ne lit pas, dans les bourgs, les petites feuilles qui distribuent l’épigramme quotidienne. On y conserve le culte de l’image coloriée, collée aux murs blancs du cabaret. C’est là, durant une génération tout entière, que le prince Poniatow’sky précipité dans l’Elster, que le maréchal Ney fusillé, que les adieux de Fontainebleau, que l’agonie de Sainte-Hélène ont survécu , dans la pensée de vingt millions de Français, à toutes les tentatives de gouvernement légal , à toutes les élections, à toutes les formules constitutionnelles inventées à loisir.
Le peuple français , que l’on ne connaît pas dans les salons, parce qu’on y vit entre soi et qu’on s’y entretient dans des idées personnelles, a conservé , jusqu’à la révolution de 1848, cette impression profonde , marquée au millésime de 1815. Juste ou non, dans son sens moral, il est impossible de nier cet effet, qui explique l’élection du 10 décembre.
Mais ce qu’il explique surtout, c’est la tendance actuelle du pays à mépriser ce qui vient de la parole et à tenir en haute estime ce qui vient de l’action. Les années qui se sont écoulées depuis l’Empire nous ont appris la valeur des discours. Nous avons vu aussi, en juin 1848, quelle était celle des canons. Entre les canons et les discours, le choix me parait fait — à moins que mon pays ne soit incurablement fou.
Dans cet état où je vois les esprits, je me demande quelle est la probabilité d’avenir, et je ne puis l'imaginer que par la comparaison des temps anciens aux nouveaux. Il me semble traverser une phase toute semblable à celle où nous entrons, lorsque, à partir des temps de Cinna, je relis riiistoirede Rome.
L’étude simultanée du présent et du passé m’a donné cette croyance, qu’il y a un moment d’extrême civilisation chez les peuples, où l’issue forcée est le CÉSARISME.
Il me faut clairement expliquer ce mot, qui ne
l’èeb des césaib.
signifie ni royauté , ni empire , ni despotisme, ni tyrannie ; mais qui a son sens propre et très-peu connu.
l'ÈBB DBS CÉ8ÀBS.
CUAPITRE lll.
Ce t|ii'étaient le« céeare de Rome.
On sn figure génémlenient le§ empereurs romains cQunne des monarque», h la façon du Gzar pu de Louis XIV. L’absence d'analogie entre ce qui est et ce qui fut sera longtemps un obstacle h l’intelligence eomplète de cette création des temps anciens , dont j’ai pourtant youIu me former une notion eiacte.
Je ne sais qu’un auteur qui ait approché de la vérité sur ce point (et je n’aiuiepte pas Gibbon
l’ère des césars.
lui-même), c’est M. Bureau de Lamalle, dans la préface à sa traduction de Tacite.
Un passage d’Hérodien (4) peut servir de début à ce que je vais essayer de faire comprendre. Il est extrait du discours que tient Maxime aux habitants d’Aquilée, après la déroute et la mort de Maximin, ce colossal barbare, athlète impérial, qui avait traité le sénat à la façon de quelque Augereau moderne : « Le principal n’est point « l’autorité d’un seul homme , mais l’antique et « commune autorité de tout le peuple romain. »
Cette définition, donnée par le vingt-septième césar, après des révolutions variées , indique le principe tout démocratique de la grande magistrature romaine. Elle indique aussi, par le terme même, l’essence de la fonction remplie. L’empereur, en effet, n’était que le prince, le premier du sénat, siégeant au milieu des autres sénateurs, opinant à son tour, consul ou non consul, selon le
(1) Page 356, édition de Strasbourg.
vote annuel, mais ayant besoin d’ètre consul pour exercer les droits attachés à cette haute charge. Ce qui le distinguait de ses collègues et du reste des citoyens, ce qui faisait sa grandeur réelle, en même temps que légale, c’étaient deux immenses attributions : le commandement de l’armée et la puissance tribunitienne. Rome s’était faite une dans la personne du césar. Sans rien changer à ses institutions, conservant tout de la république, elle avait seulement concentré dans une main les deux forces qui, disséminées, n’avaient été que des éléments de révolutions et de discordes, le généralat et le tribunal. C’était le peuple romain fait homme ; c’était la vieille révolte du mont Aventin, consacrée à la face de l’aristocratie vaincue.
Le mot empereur, que nos mœurs modernes rattachent à une idée de souveraineté, n’impliquait, à Rome, que l’idée d’un commandement militaire. Dès longtemps il était en usage. Les soldats le décernaient à leur chef, sous l’ancienne république, après quelque bataille gagnée. Cicéron,
l’IOub des CÉSàBS.
lui-même, pour une bicoque prise en Asie, en fut revêtu par le peu de troupes qu’il dirigeait. Il nous reste de lui beaucoup de lettres où il se qualifie ; Cieero imperàtor. Jamais un Romain , en parlant de Caligula, d’Adrien ou de Marc-Aurèle, n'aurait dit : V empereur; on disait toujours : César. La famille du grand Jules, s’étant perpétuée par adoptions à la tête de l’Etat, avait gardé pendant près d’un siècle le nom de son illustre chef, dont l’habitude fit un glorieux titre à tous leurs successeurs, après la mort de Néron,
Cette magie des noms est toute-puissante ; le grand homme de notre temps l’avait comprise et en préparait l’effet pour sa race. Dès qu’il fut couronné, tous ses frères s’appelèrent Napoléon.
L’installation régulière du nouveau mode de gouvernement à Rome, si habilement faite par Auguste, à la suite du violent essai de Jules César, était née de la nécessité des temps. L’époque de Marins et de Sylla fut le prologue du drame. L’antagonisme entre les classes, marqué jadis par des
i’èrb des césabs.
disputes oratoires ou par des mouyements populaires, prit le caractère prescripteur ; le plébéien se donna le goût du sang noble, facileîûent versé au nom des souffrances de la plèbe, èt aussi le goût d’un chef qui lui indiquât des victimes à massacrer. Tout était disposé, dès l’abdioation de Sylla, pour qüe Jules César s’emparât de Cette foule. Prête à tout, ûère de son histoire, de sâ paresse et de ses fêtes gratuites 5 livrée d’avanêe à tous les fournisseurs de triomphes et de plaisirs, fiut prodigues qui rempliraient l’amphithéâtre, et lui offriraient mille lions, fcomme le fil un jour Pom^ pée, elle devait applaudir à toute tentative de succès personnel, sans s’inquiéter de la cause ni du but.
En dehors de ce grossier sentiment, si naturel aux masses, l’amplitude exagérée de l’empire avait créé des chefs éloignés, maîtres d’armées victorieuses, auxquels les noms de Rome et du sénat devenaient gênants; enivrés de Oes hyperboliques flatteries, habituelles aux états-majors, ils se sen-
l’IîRE UES CÉSARS.
taient peu disposés à résigner le commandement sur un simple décret venu de la métropole . Bonaparte, en Italie ou en Egypte, était dans les mêmes conditions; Hoche, peut-être, y était aussi en Allemagne, et l’histoire éternelle du Général sera celle-là. Lorsque le gouvernement est fort, qu’il marche seul et sans secousse, rien de cet effet ne se manifeste. Mais lorsque le débat règne, lorsque l’anarchie de la parole publique apporte au camp l’écho de ses tumultes et de ses contradictions, l’armée se sent prise de dédain et tourne ses regards vers l’ordre et l’unité, incarnés dans son chef. Je touche ici à notre histoire présente, et il semble que j’en aie voulu parler.
Il est tout simple que des professeurs, vivant dans leurs classes et dans leur mince ménage, réduisent les proportions de l’histoire romaine à quelques aphorismes traditionnels sur les vertus de Cincinnatus et de quelques autres commandants de gardes nationales qui allaient escarmoucher"*à Hiv lieupsde laville, pour retourner ensuite à leur
l’erk des césars. 37
champ ; il est tout simple encore qu’en langage convenu, ces professeurs dictent à leurs élèves des comparaisons lamentables entre ce stoïcisme forcé et l'ambition des généraux qui , plus tard, conquérant la Gaule, et l’Espagne et l’Asie, oubliaient la république et ses austères vertus. Je passe ces naïvetés aux maîtres, et je n’attends pasd’eux plus de
profondeur. Mais je m’étonne que, sortis du collège, les disciples ne secouent pas , au spectacle des choses humaines, cette friperie universitaire dont on nous emmaillotte depuis Rollin ,
Il est temps de sécher les larmes traditionnelles que l’on nous fait répandre sur le renversement de la république. Voyez comment parle Plutarque, tout imbu qu’il était des vieux dogmes de liberté : « Les tribuns dominaient alors « dans Rome, parce qu’ils ne disaient ni ne fai- « saient que ce qui pouvait plaire au peuple. Ils « avaient une haine particulière contre Lucullus « qui, détestant leur vie criminelle, leurs amours <c infàmeset leur vie crapuleuse, leurétait opposé. »
l’ere des césars.
Voyez aussi , dans Valère Maxime (1) , s’il a fallu attendre la venue des césars pour qu’on vît s’effacer l’austérité romaine, et que les excès d’orgueil ou de débauche fussent donnés en ■ spectacle au monde par les premiers de l’Etat. C’est Métellus Pius, le héros du temps (2), qui se laisse élever des autels et accepte l’encens à son entrée dans les villes d’Espagne ; qui fait entrecouper les jeux publics par d’immenses festins, où il assiste revêtu de la robe triomphale et le front ceint de couronnes d’or qui descendent ingénieusement du plafond , comme si elles venaient d’une main céleste. C’est Gémellus, l'huissier des tribuns , qui donne à ces magistrats du peuple et au consul Métellus Scipion une fête qu’aurait acceptée Héliogabale. On y traîne Mucia et Fulvie, deux femmes nobles, enlevées , pour l’occasion, l’une à son mari, l’autre à son père, et
(1) Livre IX. De luxuria et libidine.
(2) Ibid. Princeps suorum lemporum.
Digilized by Goc^ie
L’ERB DBS CÉSARS.
cetté prostitution n’est pas la plus honteuse (1).
On conviendra que les indignations de Tacite arrivaient bien tard.
Suivez avec saint Augustin (2) cette longue série de crimes, de désolations , de désastres; parcourez ces annales de meimtre et de sang qui ont précédé l’apparition du christianisme, et vous direz si l’établissement d’Auguste n’était pas une nécessité.
Les césars sont venus parce qu’ils devaient venir, et que le cours des choses voulait qu’ils vinssent. Jusqu’à ce que l’homme change de nature, il faudra toujours que la force s’insurge contre la discussion, lorsque la force est grande et que la discussion est petite. Encore plus nécessairement, si la discussion engendre le chaos, comme ce sera toujours son extrême attribut. Là en était venue Rome, meurtrie et déchirée, satu-
(1) Livre IX. Lupanari enim suæ domi constituto... etnobileœ puerum Saturninum in eo prostituit.
(2) La Cité de Dieu, liv. III.
Digilized by Goc^le
l’ere des césars.
rée de discours, décimée par les proscriptions, et jetant un dernier coup d’œil sur sa tribune aux harangues, pour y apercevoir, insolemment posée par un soldat, la tête sanglante du plus éloquent de ses orateurs.
Ce n’est pas tout que d’expliquer l’avénement •les césars. Il fautdire encore comment leur époque ne fut pas celle que l’on dépeint, une époque de décadence historique.
Si le calme , la grandeur , le repos , sont des conditions heureuses pour l’humanité, nulle ère au monde n’a offert , en ce sens , un plus complet spectacle que le temps d’Auguste. De ce qu’on nous apprend dans les collèges , c’est , à coup sûr, ce qu’il y a de plus vrai. Grâce à Virgile, à Horace, on n’a pas pu nous gâter cet âge d’or. Vous sentez, dans la satisfaction de leurs vers, comme un soupir de joie du Monde, délivré enfin de ses longues agonies de guerres civiles; quelque chose d’analogue à l’aspect d’un pays où cesse le choléra. Quelle expan-
l’ere des césars.
sion , quel rayonnement dans les Bucoliques !
Deus nobis hæc otia fecit !
Nous pouvons comprendre cette béatitude , nous qui avons vu les journées de juin 1848 et ce qui les a précédées.
Et cet Auguste, maître de l’empire, habitait une petite maison, et sa femme lui tissait elle-même ses manteaux. Il allait à pied dans Rome, seul et saluant les passants, coiffé d’un vieux feutre gris, comme nous l’apprend Suétone. Il pouvait oublier sa jeunesse; il avait donné la paix à l’univers.
Qu’on ne dise pas que ce fut là une exception. « Quatre-vingts années de bonheur, interrompues « seulement par le règne de Domitien, commen- « cèrent à l’élévation de Vespasien. On a regardé « cette période comme celle où le genre humain a « été le plus heureux (1). »
Je voudrais savoir, en effet, si le monde , régi
(1) Chateaubriand, Études historiques, 1. 1.
L fiU DBS GÉSA.B8.
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d’une manière uniforme par le sens droit et profond de Trajan, d’Adrien , d’Antonin , de Marc- Aurèle, a pu regretter les discordes libres des siècles passes. En y réfléchissant, je le crois. Dès que l’homme est loin du danger , il ne tient plus compte de sa quiétude. La Grèce, dans le doux repos de son existence, a dû songer, avec envie, aux déchirements du Péloponèse, même aux trente tyrans, et il devait se trouver à Athènes , à cette époque d’universelle félicité, quelque avocat pour rappeler les beaux jours où Socrate, buvant le poison, le recevait, du moins, de sa propre patrie!
Il y a, dans la période des césars, trois phases très-distinctes. La première, dont j’ai défini lo sens, et qui fut la suite de l’établissement d’Auguste. C’est ce que nous pouvons appeler la période sénatoriale. Jusqu’à la mort de Pertinax, le césar, qu’il fût élu par le grand corps légal, ou imposé à son choix par une armée, n’était pas revêtu d’un autre caractère que ne l’avaient été ses prédécesseurs. Rien, au dehors, ne distinguait sa fa-
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mille, si ce n’est un siège particulier à l’amphithéâtre , et le feu que l’on portait devant sa femme (1). Mais à la suite de cette vaste lutte qui divisa le monde entre trois compétiteurs, Albinus, Pescenius Niger et Septime Sévère, le vainqueur devint un maître réel. Toutes les disputes de suprématie s’étaient passées , j usque-là , près de Rome . Cette fois, l'Europe entière et l’Asie elle-même prenaient part au débat. C’est du fond de la Grande- Bretagne que partaient les légions d’Albinus ; Niger arrivait des bords de l’Oronte; deux continents étaient en armes pour cet immense conflit , dont le terme fut à Lyon, après une campagne commencée à Antioche.
L'homme rude et sec auquel revenait le prix, voulut l’avoir tout entier. Septime Sévère est une des plus curieuses figures de l'histoire. Il est le premier dont la querelle ait agité le mondeconnu;
(1) Manentibus adhuc Lucillæ principatus insignibus... nain et sella imperatoria sessitare in thealro, et ignem de more præferri (Cumiuodus) patiebatur. (Uérodien, liv. 1, p. 23.)
Ai
l’eRE UES CÉSARS.
le premier aussi qui se soit senti maître de ce monde, au nom de la grande loi de la force. Il était digne, d’ailleurs , du succès. Dans la rapide et vaste expédition contre ses deux rivaux, son génie lui prêta cette célérité de ressources militaires que Napoléon seul a retrouvée après seize cents ans. Il était vieux et rongé de goutte (1), et n’en marchait pas moins, tête nue, au milieu des tourbillons de neige, conduisant , sur les glaciers des Alpes, une armée qu’il ramenait des côtes de la Syrie (2). Sans pitié pour les autres, ainsi que pour lui-même, il ne souffrait pas un murmure, il ne pardonnait pas un délit. Exact, dur, sobre, chaste, il avait toutes les froides qualités qui ne viennent pas du cœur, tous les froids défauts qui ne tiennent pas aux passions.
Ce maître dut étonner Rome. Il n’y apporta aucun des vices ni aucune des vertus qu’elle était habituée à voir tour à tour sous la pourpre impé-
(1) ÏHérodien, p. Ml.
l’ere des césars.
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riale. Il lui fallut se faire à un régime de discipline rigide, que les temps de Cromwell pourraient seuls rappeler.
Rome eut, en outre, à connaître des dogmes nouveaux. Des légistes, restés célèbres, professèrent, pour la première fois, le droit du césar à l’obéissance absolue. Papinien et Ulpien érigèrent en doctrine ce principe dont les Romains n’avaient jamais conçu l’idée (1). Là est un commencement de monarchie perpétué sous les empereurs militaires, Claude le Gothique, Aurélien, Probus et leur suite.
La troisième période s’ouvre à Dioclétien. C’est alors qu’existe un empire, tel que nous le comprenons aujourd’hui. Le chef est entouré des pompes de l’Orient ; il revêt, aux yeux des peuples, le caractère idolàtrique des souverains que l’islamisme a créés depuis. Sa tête est ceinte du diadème ; les eunuques peuplent son palais ; il ne
(1) Dion Cassius.
l'eri des césars.
sort qu’entouré d’un immense cortège; on lui parle à genoux ; ce n’est plus ni un homme ni un maître ; c’est une sorte de Dieu. En ce temps-là, pourtant, le vrai Dieu manifestait sa puissance. Les martyrs périssaient au Colisée, confessant la nouvelle foi, et le paganisme étonné devait sentir salin prochaine.