DE M. MAETERLINCK
■'est une âme de poète qui s'amuse à jouer à. la métaphysique : une âme brumeuse d'où se sont levées jadis des visions silencieuses et monotones de grands canaux morts, de clairs de lune d'hiver, de lys jaunis ; d'où, se sont envolées, évoquées dans la fumée d'un brouillard, des images mornes de malades dans des hôpitaux, des silhouettes d'agneaux broutant de la neige, des blancheurs fugitives de cygnes, et beaucoup d'autres songes très pâles et très froids.
C'est une âme vibrante, d'exquise sensibilité, dont l'imagination toute en nuances manque d'abondance et de variété, mais qui, pour cette raison peut-être, a connu dans quelles profondeurs de ténèbres mystérieuses plonge la vie. Et le même frisson d'épouvante dont elle tressaillait au contact des forces inexplicables s'affirmant en elle et autour d'elle, elle a su par des procédés ingénieusement simples, le faire frémir en nous tous. Une fois de plus nous avons senti pâlir nos visages sous le grand souffle de folie, sous le vent d'effarement que projette l'Invisible qui parfois nous frôle. Parce qu'un rossignol s'était tû là-bas dans le jardin, parce que dans le corridor d'un vieux château ou sur le seuil d'une maison quelconque une servante avait balbutié des mots de crainte, parce que dans la forêt sombre, les arbres funéraires s'étaient entrechoqués, nous avons tremblé, étreints par l'angoisse formidable : nous avions compris qu'il était là, glissant silencieusement sur la scène, le Grand Acteur impalpable, l'Ombre terrifiante qui plane semant l'épouvante parmi le chuchotement des drames de M. Maeterlinck. Puis ce pressentiment de l'inconnu dont la présence nous oppresse, cet acharnement de l'inexplicable à nous guetter à chaque porte, est devenu l'idée maîtresse de certains essais philosophiques (i), sinon harmonieux, tout au moins curieux. Le thème fondamental reste identique, l'inspiration primitive demeure la même, mais tandis que naguère notre auteur se contentait de jouer avec une persévérante dextérité du sentiment dont son âme
(ij te Trésor des Humbles,