I. — LES POÉSIES
1. Arpèges, par Léonard Rivière (Bibliothèque française et moderne). — II. Le Cahier rose et noir, par André Lebey (Mercvre de France). — III. Les Sept lampes d'or, par Gustave Soulier (Edition privée). — IV. Filles-Fleurs, par Tristan Klikgsor (Mercvre de France). — V. La pluie et le beau temps, par Gustave Kahn (Vanier).
I. — M. LÉONARD RIVIÈRE Voici le livre de M. Léonard Rivière. Cela a pour titre les Arpèges. Et cela ressemble beaucoup à ces vers qu'un collégien, dont la sensualité est déjà plus vive que le goût poétique, rime vers le temps de sa « troisième »> ou de ses « humanités ». S'il y manque la naïveté gracieuse de cet âge, du moins, la prosodie de ce livre ne laisse-t-elte point d'être enfantine. Et le style n'est pas encore d'un bachelier.
Mes étranges désirs tu me les accordes,..
...Je croyais lire Le dïctame divin qui me donnait l'essor.
Et il n'est guère de pages où quelque solécisme ne saute aux yeux du lecteur.
Mais M. Rivière est surtout remarquable par sa puissance amoureuse. Ah ! quel homme ! Je ne m'étonne plus que ses vers soient mauvais. IL n'a pas le temps de les bien écrire. II est toujours tout occupé à l'amour :
Dans mes nuits, à ma voix tu viendras affolée Nue et je sentirai ton beau corps se pâmer Sous les baisers de ma lèvre, à ta chair , collée...
Et mes bras t'étreignant pour ce baiser unique En te serrant plus fort qu'un dur collier de fer Cet enlacement aurait une fin tragique...
Bien d'autres ont livré leurs lèvres à mes lèvres.. .
Et, en effet, les épouses les plus fidèles, les poitrinaires les plus mourantes, les lesbiennes les plus verlainiennes, les courtisanes les plus lascives, les vierges les plus entières, il aime toutes les femmes, parfois même des araignées. Et comme personne ne sait sangloter, caresser, se plaindre, espérer, regretter, blasphémer, bénir mieux qu'il ne fait, il est naturellement aimé de toutes.
Je vous le répète : c'est un homme bien heureux. Toutefois, ne le jalousez point. Un obligeant dessinateur à la page 126 révèle par quels regards, par quelles attitudes, le poète parvient à séduire de très farouches vertus. Et ce tableau qui est du dernier galant, sera pour les petits collégiens dont je pariais tantôt et pour vous-même peut-être, la plus plaisante des leçons.