III. - M. GUSTAVE SOULIER
J'imagine que vous n'êtes pas sans avoir rencontré, au Louvre, sur le midi, les touristes de l'Agence Cook. Ils se précipitent dans une salle, s'arrêtent sous le bras tendu du guide, écoutent son boniment, prennent des notes et s'en vont. Ils n'ont pas regardé un tableau.
M. Gustave Soulier n'ignore point ces Usages britanniques. II a été à Florence (août-septembre 1895). Il a pris ses notes devant tes tableaux et les fresques qui ont de la célébrité et aujourd'hui, sous le titre de : Les Sept Lampes d'or, il publie les commentaires qu'une charmante personne lui dictait en vers alexandrins à rimes plates. Cette charmante personne est l'Ame même du poète. II lui dit :
. . , je fai reconnue O mon Ame, aux moiteurs ou souffrait ta main nue, Dans le mystère des tortures qui viendront..
C'est toi, mon Âme, avec ces transes sur ton front,
Au poids de tes cheveux d'automne condamnée , Telle que le divin Sandro t'a devinée, Madone dont le cœur a saigné trop souvent, Vierge dont le regard implore en absolvant, Reine de Grâce charitable qui te penches, Beau lys meurtri parmi les mousselines blanches.
Ces litanies sont très galantes. Les sept descriptions qui les suivent sont d'une forme très parnassienne. Les sentences de l'Ame sont toujours très profondément symbolistes. Et comme M. Soulier a réalisé très proprement ce qu'il a voulu, il est en droit d'aimer beaucoup sa poésie.
Pour moi, j'avoue que j'eusse préféré à ces rimes opulentes, à ces symétriques prosopopées quelque cri, même maladroit, mais sincère. Ce n'est rien que de décrire, il faut comprendre et surtout il faut aimer. M. Soulier imagine-t-il un amant qui, ayant embrassé sa maîtresse, la disséquerait pour la connaître mieux? Cependant M. Soulier en use de cette sorte avec Florence. Il ne nous a décrit que des aspects; nous attendions qu'il nous communiquât son propre sentiment.
Qu'il relise M. Anatole France. Une seule phrase de ce maître nous fait présente toute la beauté florentine. Et pourtant il ne nous décrit point tous les cloîtres, tous les palais, tous les musées de Florence. Mais il s'est rappelé l'émotion qu'il avait ressentie là-bas. Et il a su choisir les mots qui devaient éveiller en nous la même émotion. Il est vrai que M. France a du goût et ce goût est divin.