IV. — M. TRISTAN KLINGSOR
Un petit page amoureux qui chante sur sa guitare les attraits de sa dame et les rondes des belles filles, les nains à grelots et les fées ; qui est câlin, impertinent, gracieux et rêveur ; un petit page qui est plus aimé que les chevaliers fanfarons et brutaux, que les fous indiscrets et les singes parfois insuffisants, voilà, sans doute, ce que M. Tristan Klingsor veut être et c'est ce qu'il n'est pas. Il lui manque, en effet, ce don essentiel ici : la naïveté.
Il eût mieux fait d'imiter le style savant et joli de Charles d'Orléans ou
la langue simple et passionnée des chansons populaires que de parler
comme les parnassiens de
... cou de cygne féerique et fuselé
de
.. . gazouil doux et féerique de ramiers
de
. , . creux d'un vase chimérique de songe
ou d'écrire ces tercets qui sont peut-être précieux, mais qui sont certainement ridicules :
Uherbe est emperlèe de rosée et de glace ; les tiges ont de changeantes fleurs de givre oit les doigts purs de la songeuse s'enlacent.
Car elle s'adonise en songe d'oisive ; les tiges oh se tissent des fleurs d'hiverlivrent leurs bouquets subtils aux mains naïves.
Cependant les Filles-Fleurs de M. Tristan Klingsor contiennent plusieurs jolis vers. Et il me plaît d'espérer mieux du talent de ce poète.
M. Edmond Pilon, comme il convient, a déjà parlé dans cette revue de M. Gustave Kahn. Je ne dirai donc rien de La pluie et le beau temps sinon que j'eusse pris pour thème de mon analyse ces trois vers où M. Kahn, critique, juge M. Kahn, poète, avec impartialité :
« Qu'importe, dit-il,
Qu'importe que je parle?...
Qu'importe n'importe quoi .<*...
C'est l'arabesque de l'ennui. »
J'ai lu, d'ailleurs, dans une revue belge que M. Kahn trouve l'ennui intéressant,
M. Kahn est très intéressant.
Lionel des Rieux.
P. S. — Aux premières pages, l'œuvre de M. Georges Rodenbach est étudiée en son entier par M. Charles Guérin.Je me dispense donc (et avec regret) de vous donner la critique des Vies Encloses. Et M. Francis Vielé- Griffin, n'ayant encore publié qu'un fragment de Le rire de Métissa, j'attendrai l'apparition de son prochain ouvrage "pour vous dire mon sentiment sur ce poète.
Au fascicule de juin, j'analyserai la Forêt bruissante de M. Adolphe Retté et quelques autres livres.