‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 137 sur 150 · NUIT VÉNITIENNE · texte numérisé non relu

NUIT VÉNITIENNE

A Speranza.

a lune au ciel est éckancrée, El mon cœur est rongé d'amour.

Ave\-vous vu mon adorée .Pour qui je rêve tout le jour,

Pour qui, toute la nuit., je chante ï Sans doute entre ses fins rideaux Elle dort t un songe l'enchante :

Moi, le vent souffle sur mon dos !

Un oranger étend ses branches Sur sa porte, à Vabri du nord :

Sa bouche fraîche et ses dents blanches Se parfument à ces fruits d'or.

Je V aimerai toute ma vie.

Je V aimerai tant que luiront Ces milliers d'étoiles suivies O^aubes sans nombre sur nos fronts }

Et tant que le Lion terrible De Saint-Marc, tourné vers la mer, Tenant dans sa griffe la Bible, Ne s'envolera pas en Vair /

Hélas! dans ma nuit solitaire, J'attends. Je souffre tour à tour Ou de parler ou de me taire, Tant me torture cet amour !

Elle n'est petite ni grande , Elle a l'œil noir s le corps bienfait :

Et qu'est-ce que je lui demande l Rien qu'une place à son chevet.

Laisse-toi caresser, ma blonde.

Tu n'auras pas toujours beaux yeux, Teint rose, pied fin, gorge ronde Et doux regard des amoureux.

Pourquoi te faire si farouche Et te dérober à mes vœux / Je n'ai d'autre arme que ma bouche Et c'est ta bouche que je veux.

Demi-nue, en blanche toilette, Le soir, quand tu te mets au lit, De te voir dans les draps seulette, Tu soupires et tu pâlis.

Ta pudeur encore te garde :

La pudeur est un grain de mil Que foule un passant par mégarde, Sans remords comme sans péril.

Adieu! Le flot monte et déferle.

Je vais partir, saoul de douleur.

Tu feras des colliers de perles Et moi des colliers de mes pleurs.

Mais le temps peut fondre les marbres, Abaisser les sommets hautains, Coucher sur le sol les grands arbres, Dompter les coeurs pleins de dédain.

Page 1