‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 141 sur 150 · IL — M. ERNEST JAUBERT · texte numérisé non relu

IL — M. ERNEST JAUBERT

M. Ernest Jaubert est un Parnassien. Et vous connaissez les divers agréments qu'emporte cette définition. Mais M. Jaubert a voulu complaire à ses plus audacieux camarades et il a fait rimer quelquefois un singulier avec un pluriel : tonnerres et millénaire, stellaire et rutilèrent, voilà et glas. Cela est d'une grande âme. Il convient peut-être d'ajouter que pour la première fois M. Alphonse Lemerre a couvert de son papier jaune une entreprise aussi hardie.

Vous n'attendez plus, je pense, que ce livre : les Fleurs de Symbole, puisse par quelque autre objet retenir votre attention. Mais l'esprit de M. Jaubert apparaît plein de ressources. Et il vous étonnera encore par des mots et des tours que vous n'aviez pas accoutumé de voir souvent en d'autres livres : récurrences, slille, transverbere, au fur que je marchais.

Surtout, il vous sera donné d'admirer cette poésie qui a pour titre : le Vampire,

C'est l'histoire d'un homme qui boit la lune. Et cela est très tragique. Iugez plutôt :

... Mais de mes yeux ; crevés vainement, Toujours je le voyais, l'Œil terrible, L'Œil pourpre de l'obscur firmament, VŒU d'ott ruisselait, comme d'un crible, Tout le sang, on eût âît t des humains.

Chroniques 391

Alors j'étendis les deux mains,

Si loin, si haut dans le ciel nocturne,

Que je saisis l'orbe ensanglanté :

Et je bus avec avidité

Tout le sang gui ruisselait de l'urne.

Et depuis que, pâle et frémissant,

y ai bu goutte à goutte, pleur à pleur,

La lune est pâle de ma pâleur,

Et ma bouche est rouge de son sang,

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