‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 142 sur 150 · III. - M. EDMOND JALOUX · texte numérisé non relu

III. - M. EDMOND JALOUX

Le livre de M. Edmond Jaloux : Une âme d* automne , est un « florilège » très complet des poètes symbolistes. Quand on aura brûlé, en place publique, les œuvres détestables de M. de Régnier, de M. Verhaeren, de M. Kahn et de tous les disciples de ces messieurs, il suffira de ce livre pour perpétuer la méchanceté de leur poésie. II n'est pas jusqu'à leurs noms que M. Jaloux n'ait pris soin de sauver de l'oubli. Tous les Barbares ont reçu en dédicace l'un de ses poèmes ; il leur a emprunté en échange ses épigraphes.

En vérité, il est plaisant que ces Barbares nous reprochent d'être des imitateurs. Personne n'imita plus servilement qu'ils ne font eux-mêmes. Et ils ont tous de semblables difformités. Mais ils ignorent pourtant que Tordre seul de nos pensées est de nous et non point les éléments qui composent ces pensées. Créer n'est jamais que combiner. Nous ne pouvons pas ne pas imiter. Et Ton me concédera, j'imagine, qu'il vaut mieux, pour un poète frança(s, choisir ses modèles parmi les écrivains qui ont porté les lettres françaises au plus haut point de la perfection que de s'abaisser jusqu'à ceux-là qui ont accoutumé d'habiller d'une syntaxe nègre des idées de protozoaires.

Voici :

Aux fontaines d'onyx, de pâles faces mortes

Transparaissaient, au fond de Veau, parmi les fleurs

Des nénuphars et les feuilles mortes

Dont les écailles d'or imbriquaient les eaux mortes

Du bassin nostalgique oU chantait la douleur

Du jet d'eau cristallin comme la voix d'un songe.

Les yeux mauves ou bleus étaient fermés, les tresses

S ' èckevelaient autour des corps nus et les mains

Tendaient au fond du lac oit notre regard plonge

Les iris dêfleuris qui parfumaient les tresses

De celles qui passaient sur les chemins

Avant de s'enfoncer, mortes, sous les eaux ternes.

Et nous avons frémi de tous ces vieux visages

Que notre souvenir fait surgir devant nous,

Hors de f oubli qui dort comme l'eau des citernes

Au fond de toute vie et de toute pensée

Et dont les fronts aux couleurs effacées

Se couronnent de saxifrages.

Et cela vous semble digne sans doute de l'impur centaure qui troubla Aréthuse, car il est donné à chacun d'écrire de méchantes mélopées. Mais que M. Jaloux affronte Ronsard ou Chénier et je le défie bien d'écrire jamais une strophe qui puisse leur être attribuée.

Hélas ! on ne peut même en les aimant devenir égal aux dieux !

Lionel des Rieux.

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