‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 147 sur 150 · V. NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

V. NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES

Le Journal de Rudemare, publié par M. Charles d'Héricault {GaumejiSoô, Paris)

On sait la part qu'a prise M. Charles d'Héricault à toutes les publications relatives à la Révolution française. Soit dans les fascicules de feue la Revue de la Révolution, qu'il a dirigée pendant plusieurs années, soit en volumes de librairie, il a mis à jour un nombre considérable de documents et de mémoires dont quelques-uns sont tout à fait précieux pour la connaissance de cette époque. Le journal de l'abbé Rudemare qu'il publie aujourd'hui jette une lumière vraiment inattendue sur les premiers jours de la Révolution, sur les attroupements d'avant la prise de la Bastille et la façon dont la populace était déjà maîtresse de la Maison commune. Ce témoignage confirme ce qu'on savait déjà, d'une part que tous les germes de violence terroriste existaient déjà en 1789 ou même 1788, d'autre part qu'il aurait suffi d'une volonté un peu ferme et d'une police un peu adroite pour étouffer ces germes, ce qui aurait économisé à la France et à l'Europe cinq ou six millions de vies humaines.

L'abbé Rudemare joua sous l'Empire un certain rôle et s'attira la colère de Napoléon en s'opposant au divorce, mais ce sont ses notes sur le mois de juillet 1789 qui constituent la partie neuve et précieuse de son journal.

Il Ritorno, par Domenica Oliva {Milan, 1896, Chiesa)

En de courtes piécettes, émues et discrètes, M. Oliva a noté pour lui plus encore, semble-t-il, que pour le public, de tendres ou de mélancoliques sensations : Sono lampi chefulgono, Un instante : poinotte. Rêveries sur des thèmes de Schubert ou. des chants de saint François d'Assise, tristesses à propos du rire de Gavarni ou de Voltaire, hantises d'images mortuaires, partout se fait deviner la « profondo dolor dresser umano ». Çà et là des notes moins voilées éclatent comme des échos ou des préludes de fanfares. Telle cette apparition de déesse passant à travers les lions et les gorilles : E negli occhi splendenti era Vimmensa Antica jiamma delV antico amore. Telle aussi, dans une note plus Watteau : // delicato madrigal che vuolo Luci esaltare di donne gioconde Piccolo e tinte del color del sole. Je cite à plaisir dans le texte, si exquisément délicate est cette langue italienne, toute en caresses et en frémissements de volupté : Ella è mimosa — An^i è una rosa — E tutta rosa, Vamorosa, cosa... Cela suffit pour dire la haute sympathie dont // Ritorno est digne- Pourquoi insister davantage ? Il est des livres qu'il faut respirer comme des fleurs ou écouter comme des murmures de vent ou d'onde... tout le reste est littérature. S.A.

La bête mystique, par Gustave Dechardel (Ernest Flammarion).

Ce début dans le roman n'est pas quelconque. Curieux mélange de religiosité et de sensations voluptueuses, il se laisse lire jusqu'au bout avec intérêt. Il personnifie à merveille l'idéal artistique et littéraire par lequel est hantée la génération nouvelle.

Corps et Ame, par Arthur Chasseriau (Lemerre).

Livre estimable, mais sans originalité et où l'auteur fait un trop grand abus des incidents romanesques. Trenmor.

Petites Proses, par Georges Oudinot. Préface de Louis Pilate de Brinn'Gaubast

(Chamuel).

M. Georges Oudinot a le don de parer et de rajeunir des thèmes anciens; ses petites proses sont enguirlandées de gracieuses images. Il est délicat de porter un jugement définitif après la lecture d'une si mince plaquette, mais cette œuvre nous engage à espérer en son auteur.

Ed. D.

Montserrat, roman féerique, par Marius André (Savine).

L'amour est coupable et néfaste si nous ne cherchons pas dans la femme le reflet de la Divinité. — M. Marius André a rajeuni ce thème souvent exploité, en le parant de nobles et poétiques légendes. Son roman est inégal, mais dans cette inégalité même je vois les promesses d'un tempérament original et puissant qui ne s'est pas encore affranchi de certaines imitations. Malgré ces défauts, je préfère un tel livre tout animé du souci de l'idéal et de la beauté, à beaucoup d'ouvrages d'un ensemble plus harmonieux et plus parfait. L'influence de M. Péladan se fait sans doute trop sentir, et en bon disciple, l'auteur allie la modernité et le catholicisme à la féerie et abuse de Wagner, de Beethoven et de Léonard de Vinci. A la lecture, il en vient parfois quelque impatience. Mais M. Péladan a écrit d'admirables pages et M. Marius André a suivi cet exemple. Ed. D.

L'Eau qui dort, par Paul Marguerilte (Armand Colin) .

Un des contes qui composent le volume se termine sur les mots : « Il ne s'était rien passé. » Cette phrase pourrait servir d'épigraphe è toutes les nouvelles de M. Margueritte; il ne s'y passe jamais grand'chose. La vie est simple; elle est une trame de petits événements joyeux ou tristes. Les catastrophes sont rares, le drame est le plus souvent sans éclat. C'est ainsi que M. Margueritte, observateur subtil, voit la vie; il met en scène des instants d'existence d'êtres bien réels, solidement dessinés en quelques traits; et ces contes dont le sujet pourrait se résumer en une ligne, nous émeuvent par la qualité d'émotion discrète qui s'en dégage. Je sais peu de romanciers aujourd'hui qui possèdent une aussi vive sensibilité, un sentiment aussi juste de la nature et une semblable sûreté dans le choix du détail. C'est de l'excellent réalisme. Ed. D.

Livres reçus. — Poésie : Paul-Louis Gantier : Mélopées lointaines (Edition de l'Idée} ; Hugues Lapaire : Au pays du Berri l Lemerre); Charles-Adolphe Cantacu^èiîe : Les sourires glacés (Perrin).

Romans : Gustave Dechardel : La bête mystique {Ernest Flammarion) ; Arthur Chasseriau : Corps et âme (Ollenuorf) ; Maurice Leblanc : Les heures de mystère (Ollendorf) ; Ch. de Rouvre : A deux (Armand Colin).

Divers : Georges Fonsegrive : Les livres et les idées (Lecoifre); Albert Tournier : Le président du Comité de Sûreté générale sous la Terreur, Vadier (Flammarion); Finnin Van den Bosch : Une cause littéraire. La Jeune Belgique contre le Coq rouge (Gand); Paul Fort: Ballades (Edition du Livre d'art et de l'Épreuve) ; Remy de Gourmont : Le pèlerin du silence (Mercvre de France,); Gustave Lanson : Histoire de la littérature française (Hachette). Adrien Foray : La Société Idéale (Savine).

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