‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 3 sur 150 · LES ILES · texte numérisé non relu

LES ILES

prière,

ïe sont des îles blanches Comme un dimanche, Là-bas, de lieue en lieue, Sur les miroirs de la mer bleue.

Chacune fut une forme de mon désir.

Il en fut pour Vamour ; Vautres pour la c . „.. , D'autres pour le travail ou le loisir, D'autres pour la splendeur — mais la dernière Fut pour ton souvenir.

Au bord des flots et de leurs râles,

Ton souvenir! je l'ai planté

Dans le cristal sculpté

D'une cathédrale ornementale ;

Mon cœur à ta beauté servit de reposoir ;

Traversé de soleil et flamboyant de soir,

Il saigna longuement : ce fut mon sang

Qui fit rouge, jadis, le paysage blanc.

Pourtant, bien que mes bras, bien que mon âme

Tendent encor parfois •vers cette île immobile

En neige et flamme

Sur la mer,

Ma barque d'au delà la mer

N'y mouillera plus désormais.

Car je me suis cloîtré dans la volonté forte De vivre en des tnaisons de solitude, D'où Von n'entend jamais la pâle inquiétude Marcher au long des murs en secouant les portes.

Et feignant d'ignorer, je demande à la mer, Quel ange en volant par les nues, Laissa tomber ces îles inconnues, Comme des plumes sur la mer.

Emile Verhaeren.

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