‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 33 sur 150 · POÈMES · texte numérisé non relu

POÈMES

L'âme s'inquiète et murmure.

Arbousiers morts,

glycines pensives,

paon qui dors,

où sont les attitudes vives ?

Saisons à l'envers,

étés monotones,

blancs hivers,

où sont les amènes automnes ?

Cœurs intermittents, guindés ou bancroches maux latents, où sont les paresseuses cloches ?

Vole, vole, âme folle, parmi tout ce qu'on révère, primevère sur la mousse.

De la bruine si froide et si lente,

Et Y étang qui se ride avec des ondulations de Coquette surprisé.

Autour s'étiolent des alismas.

La barcarolle des vents de pluie et comme des hantises de romances noyées.

Les effluves d'alors et les galons qui grelottent sous les ramures inquiètes.

Les étés malsains, les niaises pluies ;

les étreintes qui lassent et persistent.

La lune est un papillon blanc parmi la brume qui l'enlace.

La note frêle des hautbois raille la gamme pleurnichante de la brise des nuits qui chante et met les louves aux. abois.

C'est le tourment qu'on exagère, cœur craintif et qui te repens d'imaginaires guet-apens tendus aux hontes mensongères.

Sur la mer que nul vent ne glace, un clair vaisseau, fantôme lent, a coupé le grand flot sifflant et triomphal il se prélasse.

La lune est un papillon blanc parmi la brume qui Venlace.

Jambes croisées, bras ballants, ne% aux mouches, V attente.. .

Le rideau qui tremble et le jour qui baisse.

Frôlements silencieux des oiseaux sur les murailles.

Des instants, des instants ; V aiguille qui descend et puis remonte*

Des pensées floues de changement d'air et de caravelles sur l'Atlantique.

L 'Ennui qui croit mathématiquement sans qu'on s'en aperçoive.

C'est-à-dire que Von s'en aperçoit tout à coup...

Et voici la nuit qui tombe.

Et l'Ennui ne se compte plus.

Et c'est un peu de vie gâchée.

Les gais lampions et les farandoles, un, lac parsemé de mille gondoles, de verts boulingrins où Von va jaser, V acanthe et les airs prêts à s'embraser, tout cela jait comme un fringant baiser, féerique baiser sous les girandoles.

Confettis des deux,

étoiles des deux,

diapré^ Va^ur de folie au lieu

de ces nappes d'encre et de ces surplis

aux sinistres plis,

aux plis funèbres.

Ah ! cantilène

qui murmures...

armure

de spleen ! et vous, phalènes !

Le ciel est un Roi more et songe de Ténèbres.

René Peter.

(Règne de l'Ennui.) Avril 1894,

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