IV. — M. CHARLES GUÉRIN
Voici des poésies que M. Georges Rodenbach compara à des « figures de géométrie faites avec de la fumée. » Et le malheur est que cette comparaison soit exacte. Je ne veux pas m'efforcer de vous les mieux définir : je ne pourrais y atteindre.
Vous l'avoûrai-je ? Je n'aime pas cette fumisterie. Mais je concède que si M. Charles Guérin use d'une technique fâcheuse, il en est du moins le maître. Et ce n'est pas là un mince éloge. Imaginez, en effet, que M. Guérin ait mis à écrire de bons vers autant d'adresse qu'en exigea ce livre le Sang des Crépuscules, et nous aurions une manière de chef-d'œuvre. Je vous assure que je ne plaisante pas.
M. Guérin a quelque ressemblance avec ses deux parrains : M. Mallarmé
^(qui, toujours serviable aux jeunes poètes, a illustré d'une préface les
exemplaires de luxe) et l'auteur du Règne du Silence. Lui aussi n'est pas
toujours précisément pur ; lui aussi chante les clavecins, les cygnes, les
cloches, les boîtes à musique.
Ce sont là des objets que la rime eût peut-être trop précisés. Aussi, le plus souvent, M. Guérin délaisse-t-il la rime pour l'assonance. Déjà en 93, un de mes amis avait construit tout un livre sur ce système qu'il a depuis lors abandonné. L'alexandrin classique offre toutes les ressources que les nouvelles écoles demandent aux licences les plus hardies ; il n'y a que de les connaître.
M. Guérin est donc obscur et minutieux. Parfois il est étrange : Sapko dans un rire en rut ou crissent des scies Ronge le nés camus d'un Priape lascif.
Et parfois il est précieux :
Vos mensonges que la mélancolie estompe
Pimentent le délice avoué d'être dupe
Et voire rire, un peu d'ironie, acidulé
La fadeur des baisers mourants dans la pénombre.
Enfin pour que vous puissiez juger vous-même, je citerai le reste de ce sonnet : Les Chers Mensonges.
bailleurs puisque l'Esprit malin kanié vos lombes, Nous scellerons de foi naïve maints parjures. Qu'importe si les lys palpitent sous vos jupes Et si vos doigts fluets enluminent nos songes ! Nos yeux graves, au seuil du grimoire des causes, Dédaignent comme vains et puérils les gestes Mimés par votre grâce aux miroirs des alcôves.
Mais la bouche qui ment ravive de rosée Les pétales pris de langueur de nos tristesses Que le soleil brutal de la joie a fanées.
Peut-être ici admirerez- vous cette pudique obscurité. Mais si décidément
vous êtes rebelle à la poésie de M. Guérin, ce hasard vous demeure d'être
charmé par le prélude musical de M. Percy Pitt. Il y en a trente-deux
pages.