VI. — M. E. FRANÇOIS
La satire politique de M. E. François a ravi mon entière admiration. Et j'en conseille vivement la lecture à tous les honnêtes gens. Aussi bien, voici la note imprimée qui était jointe à cette plaquette :
Les Requins de la Mer Rouge, satire politique. Pour peu que l'on veuille se souvenir de l'expédition de Madagascar et des cadavres de soldats jetés dans la mer Rouge, le titre dit l'ouvrage.
S'emparer de cette idée et mettre l'homme -en face du Requin , tel a été le but de l'auteur.
Pas tendre dans son langage, ce requin ! Doué de là vue, qui est sa raison à lui, du fond de la mer Rouge, où Use repaît de cadavres en suivant un navire, il nous promène à Madagascar ou il nous montre les hommes tombant sous la chaleur et les privations. Par un brusque détour il nous amène à Paris oit, nous assistons, dans une scène comique, au pantagruélique repas de deux organisateurs faciles à reconnaître.
En somme, critique hardie et originale de l'homme en général et de l'expédition de Madagascar en particulier.
Je ne doute point que ce livre (Savine, éditeur ; prix : un franc) ait un prompt succès. Il contient quelques centaines d'alexandrins. Mais, par déférence pour les symbolistes, l'auteur a écrit ce beau vers de quatorze syllabes :
les hommes l troupeau hideux rempli de politesse.
Te citerai aussi cette sentence :
Quand l'homme devient bête, il grandit, il s'élève.
Certes, on ne peut dire que son auteur, M. François, soit un très grand homme. Mais il est assurément un parfait citoyen et le plus plaisant des poètes. Lisez son livre, lisez-le.