‹ L'Ermitage - 1896 - volume 12Chapitre 52 sur 150 · L.-P.deB'-G · texte numérisé non relu

L.-P.deB'-G

Les Revues Allemandes. — Le peintre Menzel

Sauf quelques protestations, le 80 e anniversaire du peintre Adolphe Menzel a été fêté avec enthousiasme : les journaux, les revues, les associations ont manifesté, d'une façon un peu emphatique, leur admiration pour l'illustrateur des faits et gestes du grand Fritz.

Ces démonstrations plus chauvines qu'artistiques n'ont pas dû émouvoir profondément l'artiste modeste, ennemi de la réclame et du bruit, qui n'a jamais cherché qu'à réaliser son idéal particulier. Son œuvre est, d'ailleurs, assez généralement ignoré en Allemagne ; les grandes villes, à l'exception de Berlin, ne possèdent presque rien de lui et n'ont' jamais songé à lui commander autre chose que des diplômes et des adresses d'honneur, compositions d'un symbolisme lourd et indigeste.

L'opinion des artistes sur Menzel est tranchée : son vérisme intransigeant intéresse peu les idéalistes qui ne voient dans sa manière qu'un souci exagéré du métier. A nul mieux qu'à lui on ne saurait appliquer la définition de Zola : « L'art c'est la nature vue à travers un tempérament, s — Elevé dans un atelier de lithographie et contraint, pour gagner sa vie, de suivre cette profession, Menzel fat naturellement porté vers l'Exact et le Minutieux, et tout jeune, il admit, comme principe absolu, que la perfection de l'œuvre d'art consiste dans la reproduction précise et intégrale de l'objet. Avec un pareil idéal, l'étude des maîtres anciens était inutile. Aussi Menzel ne voulut-il point suivre les cours de l'Académie de Berlin, où régnait, avec le vieux Schadou, l'école traditionaliste et philosophique de Cornélius.

Désireux de conserver sa vision propre il se garda des influences étrangères et ne chercha point, comme Meissonnier — à qui il est comparable à plus d'un point de vue — à acquérir les qualités techniques qu'il lui fut donné de surprendre chez ses rivaux.

Cet artiste, si constant dans son mode d'interprétation de la nature, a employé tous les procédés depuis la peinture en détrempe jusqu'à l'eauforte, choisissant, pour chaque œuvre, le genre le plus conforme. Et mêmej

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