III. LES ARTS
Cercle artistique et littéraire, rue Volney. — Cercle de l'Union arjîstiçue, rue Boissy-d'Anglas. — Galeries Durand-Ruel, exposition des peintres orientalistes
CHRONIQUES ig$.
français. — Galerie Laffitte, exposition Jean Sala. — Galerie Georges Petit exposition des Aquarellistes ; exposition de M. Lewy-Dhurmer. — Erard, rue Laffitte.
Que l'on ferme les yeux, que l'on se recueille et cherche l'oeuvre dont la beauté continue de retentir en vous, haute et distincte, parmi la cacophonie d'impressions d'un mois de promenades dans ces exhibitions avides de publicité, il est plus que probable que le tri se fera en faveur de quelque ouvrage abrité des regards soit dans l'intimité d'un atelier modeste, d'une pieuse galerie particulière ou dans l'arrière-boutique d'un magasin. Et notre tâche à nous n'est point de découvrir ce qui se cache, mais de parler de ce que tout le monde a vu, c'est l'usage. Pourtant je ne peux commencer ma chronique sans dire ma plus grande émotion du mois écoulé. Ce fut dans une boutique, et à la hâte, que me fut découvert ce portrait d'une jeune femme par Fantin-Latour, daté de 1861, et devant quoi tout ce qui tient un pinceau en 1896 devrait venir en pèlerinage e; tête nue. Car c'est ici l'exemple, sans analogue en nos temps troublés, de ce qui peut être atteint de grandeur par la modestie du procédé, à condition que le procédé soit sûr et la main inspirée. Tous les salons et les cercles artistiques passeront, et les virtuoses et les révolutionnaires de l'art et les chercheurs de simplicité seront épuisés, et il restera dans trois ou quatre coins du monde quelques toiles de ce genre-ci où un bon peintre aura éprouvé le besoin de traduire son émotion naturelle, forte et simple. Tous les chefs-d'œuvre sont nés de ce besoin-là, qui n'est pas commun et auquel on ne supplée point. Il paraît que cette jeune femme est une sœur du peintre. Elle lit ou médite ; elle a les yeux baissés ; elle ne vous gagne point par les feux du regard : les lignes seules du visage et la chair qui semble illuminée plutôt par la tendresse qu'elle exprime que par la science même du coloris, ont une puissance extraordinaire. Je sais une vierge de Luini, située dans un vestibule de la Brera de Milan, qui est la sœur de cette figure par l'expression merveilleusement touchante d'un sentiment tout humain. Voilà un ornement pour un musée national.
Je ne pense pas choquer outre mesure les personnes qui ont fréquenté ces temps-ci le Cercle de la rue Volney, en avouant que je n'y ai rien vu qui approche de la toile admirable de M. Fantin-Latour, sinon les femmes élégantes et jolies qui ont tout ce qu'il faut pour susciter un peintre de la femme moderne et n'y parviennent point. Il ett permis de répéter que les siècles futurs ne connaîtront la femme du siècle qui finit, que toute nue ; par quoi sera à la fois exagéré et méconnu son mérite, car elle ne fut particulièrement ni si belle ni si amoureuse, et par contre, elle apporta dans la toilette, un art vraiment nouveau par sa grâce et sa liberté, que'nul artiste n'aura immortalisé. Je ne parle pas du portrait qui pullulle à la vérité, mais où s'exerce — hormis les exécrables — la virtuosité d'un peintre